Les enjeux d’une politique migratoire durable en Europe


Après le climat, la politique migratoire s’affiche comme la priorité n°2 de la nouvelle Commission européenne. La présidente Ursula von der Leyen constate 
dans un entretien

accordé au « Figaro » le 30 novembre, que tous les pays « veulent sortir de l’impasse et aller de l’avant ». Elle prône une « approche globale » qui aborderait la totalité des aspects de la question, pour que tous les Etats membres « quelles que soient leurs positions sur le sujet, y voient leur intérêt ». Le calendrier est ambitieux : la fin du premier trimestre 2020, avec la volonté d’obtenir l’unanimité des Etats membres.

Sur le fond cependant, les observateurs restent en attente d’autant que les signaux envoyés semblent contradictoires. Lors de sa désignation en juillet dernier, la nouvelle présidente avait évoqué le droit d’asile européen parmi ses priorités. La désignation du Grec Margaritis Schinas, vice-président de la Commission, comme
« chargé de la protection du mode de vie européen »

avait en revanche été vue comme un clin d’oeil aux souverainistes européens.

650.000 demandeurs d’asile en 2018

En matière migratoire, les avancées européennes sont rares et souvent remises en cause : encore tout récemment, le mécanisme temporaire de répartition des demandeurs d’asile pour aider les pays de premier accueil comme l’Italie et Malte, qui avait fait l’objet d’un pré-accord fin septembre entre la France, l’Allemagne, l’Italie et Malte, n’a finalement pas été validé par le Conseil européen de début octobre.

Force est de constater qu’à ce stade, la présidente se garde de se prononcer sur le fond : « Je ne vais pas commencer à présenter (mon plan) par morceaux », se défend-elle.

Concrètement, en 2018, 650.000 demandeurs d’asile ont été recensés dans l’Union, dont les principaux pays d’origine sont la Syrie, l’Afghanistan et l’Iraq. Rapportés à la population de l’Union, ces chiffres ne représentent toutefois qu’une hausse de 0,8 % depuis janvier 2015,
selon François Héran

, titulaire de la Chaire Migrations et sociétés au Collège de France. Il appelle à analyser les « capacités d’accueil » réelles des pays européens et à une « parole de raison plutôt qu’un discours de peur ». Les flux migratoires irréguliers à destination de l’Europe baissent (- 29 % en 2019). Les demandes d’asile également, avec quelques exceptions notables (Espagne, Grèce, France).

Le problème est donc politique avant tout. Pour Matthieu Tardis, chercheur du Centre migrations et citoyennetés de l’Ifri, « la Commission joue la crédibilité de l’Union européenne sur les questions migratoires ». Si elle échoue, ces questions risquent de sortir de manière durable du cadre de l’Union pour être réglées au niveau des Etats et au gré des enjeux de politique nationale.



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