Faire de l’euro une monnaie géopolitique


Ursula von der Leyen aura fort à faire si elle veut vraiment diriger une « commission géopolitique ». Longtemps proscrite à Bruxelles, 
la « géopolitique »

émaille le discours de la présidente de la Commission européenne depuis son entrée en fonction. Son but : durcir le positionnement de l’Union européenne par rapport aux Etats-Unis et à la Chine sur la scène internationale. Ses moyens : les politiques commerciales et de concurrence, compétences exclusives de l’UE ; les ambitions en matière d’autonomie stratégique, à la main des Etats membres. Et l’euro dans tout ça ? Ursula von der Leyen entend « renforcer son rôle international ». S’il est évident que Washington et Pékin utilisent le dollar et le yuan en vecteurs d’influence géopolitique, c’est encore loin d’être le cas pour Bruxelles avec l’euro.

Un élément de stabilité

Vingt ans après sa création, la monnaie unique, qui réunit 19 des 28 Etats membres, apparaît désormais comme le principal élément de stabilité structurelle interne. Comme le rappelle Daniela Schwarzer, directrice de l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP) à Berlin, l’Allemagne « toujours soucieuse de minimiser le risque » profite « beaucoup de l’euro, qui a toujours fonctionné ». Elle représente 27 % du PIB de la zone euro ; la France 22 %. Autrement dit, l’avenir de la zone euro dépend directement des relations entre Berlin et Paris, mais pas seulement. A la suite du Brexit, huit Etats membres se sont réunis au sein d’une « nouvelle ligue hanséatique » pour défendre leur vision de l’Union économique et monétaire. Traditionnellement, Paris s’appuyait sur Madrid et Rome pour faire valoir ses vues. Ce n’est plus le cas. L’avenir de la zone est au coeur du projet européen d’Emmanuel Macron : pas de « souveraineté européenne » sans budget spécifique et incarnation de la monnaie unique. Avec 
la déclaration de Meseberg

de juin 2018, Paris et Berlin prévoyaient une « feuille de route » pour renforcer et approfondir la zone euro.

Réconcilier Paris et Bonn

Seize mois plus tard, les résultats ne sont pas encore à la hauteur des ambitions françaises. Comme le note Daniela Schwarzer, la mise en oeuvre de la déclaration « n’est pas un sujet de grande politique » à Berlin même si elle « reste la base de toute coopération sur le sujet ». Si Ursula von der Leyen veut faire de la « géopolitique », elle va devoir réconcilier Paris et Berlin, trouver le bon équilibre entre Etats membres, tout en convertissant ses propres services à son projet. Elle dispose de cinq ans pour réussir.



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