L’abandon d’EuropaCity : un tournant cologique tactique ?


Le gouvernement est-il prêt à prendre le tournant écologique réclamé de façon de plus en plus pressante par les scientifiques ? L’urgence s’impose et les décisions de bâtir de nouvelles d’infrastructures sont des moments décisifs. Le cas d’EuropaCity mérite d’être suivi de près car des menaces pèsent toujours sur ces terres agricoles proches de Paris.

Ainsi donc un mégacentre commercial et de loisirs EuropaCity porté par de puissants intérêts financiers a été désavoué par l’exécutif. On nous annonçait pourtant le plus grand investissement en France à plus de 4 milliards d’Euros, 30 millions de visiteurs par an dont 6 millions de touristes et 10000 emplois pour un mégacomplexe de loisirs et de commerces à Gonesse (Val-d’Oise), 16 km de Paris.

Les promoteurs du projet n’ont jamais lésiné sur les annonces : la ville de demain, ni lieu de travail, ni dortoir mais l’invention d’une nouvelle urbanité, « un lieu d’expérimentation d’innovations durables en perpétuel mouvement », bref un marketing opportuniste modifiant sans cesse sa communication pour ne pas donner prise à ses non-dits.


Le président Macron a annoncé lui-même, jeudi 7 novembre, à l’occasion du troisième Conseil de défense écologique, cet abandon pur et simple du projet censé ouvrir en 2027.

« Nous avons eu du mal à arrimer la promesse écologique de l’acte II du quinquennat par des décisions concrètes ; cette fois, nous avons une masse critique qui nous permet d’afficher la couleur verte », reconnaît-on à l’Elysée.[1].

Au début en 2008 les promoteurs avaient même projeté une piste de ski artificielle, comme s’ils pouvaient donner à rêver ainsi à une banlieue en difficulté ! . Mais dérèglement climatique, mobilisations citoyennes et COP 21 sont passés là. Bien sûr les emplois allaient pleuvoir : le chantier d’abord puis le fonctionnement des boutiques mais pour quel solde net d’emploi alors que les enseignes des villes voisines sont déjà en crise ? Comment ignorer les coûts sociaux et environnementaux, le surcroit de transports et les pertes irrémédiables de terres en région Ile de France.

 

Des terres agricoles à sauvegarder

La première perte irréversible serait celle de terres agricoles de qualité, situées à 16 km de la capitale, celles qu’on appelait depuis le 13e siècle les bonnes terres de Gonesse et qui avec ses farines nourrissaient Paris.

La difficulté à fournir les cantines scolaires en produits locaux aurait dû alerter. 300 000 m2 de terres qui devaient irréversiblement partir dont 80 000 m2 pour EuropaCity et 220 000 m2 pour des aménagements connexes masquant 128 000 m2 d’un futur quartier d’affaires. La contre-proposition de l’association CARMA[2] avait montré pourtant avec peu de moyens qu’une autre voie était possible pour mettre un terme à l’artificialisation des terres.

Le projet alternatif basé sur une approche agro-dynamique inclue la création d’une activité de formation et de production en agriculture biologique de proximité, il permet de maintenir cette activité agricole plutôt que de participer à la densification de la métropole parisienne, il est l’occasion aussi de progresser en libérant ces terres des pesticides et de répondre à la demande de produits biologiques qui est non suffisamment couverte par la production française et encore moins locale.

Au contraire EuropaCity incarnait au contraire un développement dévoreur de terres agricoles[3] et le renoncement à la quête de souveraineté alimentaire de la région Ile de France.

 

Un promoteur nommé Ceetrus

Le projet d’EuropaCity répond d‘abord pas à une recherche d’investissement sans ancrage local plutôt qu’à un besoin des populations concernées. Le groupe Auchan – possédé en majorité par la famille Mulliez domiciliée en Belgique- a créé en 1976 une foncière commerciale Immochan. Depuis 2018 sous son nouveau nom Ceetrus (on croirait le nom d’un fruit) c’est désormais un développeur immobilier mixte qui contrôle 393 centres commerciaux dans 12 pays (96 en France, 74 en Chine). Ceetrus s’est allié au groupe chinois Wanda autre groupe immobilier très impliqué dans les parcs à thèmes, les cinémas, les loisirs. Ensemble, Ceetrus et Wanda ont créé à leur tour une filiale commune Alliages & Territoires pour le projet EuropaCity.

 

Un modèle de consommation discutable

Malgré leur puissance, les grandes surfaces ne vont pas bien. Auchan a annoncé le 30 avril 2019 la fermeture ou la vente de plus de 21 sites en France[4] et la perte de plus d’un milliard d’Euros.

Le modèle de consommation induit par la grande distribution si puissante en France est questionné. La dépendance de l’automobile, l’obsolescence planifiée des produits, la surconsommation, le gaspillage alimentaire, la qualité de plus en plus douteuse des aliments préparés, la progression de la malbouffe, ce modèle doit-il être encouragé par les responsables politiques et économiques ?

Les scientifiques ne disent-ils pas semaine après semaine que la course actuelle est folle, qu’elle rend inéluctable l’accélération du changement climatique[5], ne faut-il pas faire des choix compatibles avec les engagements de la COP 21 ?

 

Une propagande évolutive

EuropaCity proposait d’adapter ce modèle consumériste en y ajoutant des « expériences », des loisirs. Les touristes (chinois entre autres) seraient conviés à se précipiter dès leur arrivée à Roissy sur ce centre commercial « d’un type nouveau ».

Les promesses d’année en année étaient devenues de plus en plus vertueuses. Il y aurait plus de biodiversité après qu’avant, autosuffisance énergétique, zéro émission carbone (en fait par compensation dans le département). D’ailleurs ce n’était plus EuropaCity mais EuropaCity 2.0 le rêve d’un autre monde …

Ecoutons Benoît Chang, Directeur Général d’EuropaCity[6].

« EuropaCity au cœur du Grand Paris …

Créer une destination de loisirs et de culture utile aux habitants du Nord-Est francilien et désirable pour les touristes du monde entier. S’inscrire dans un projet d’urbanisation éco-responsable – la ZAC du Triangle de Gonesse – avec des équipements et des usages capables de s’adapter dans la durée aux nouvelles tendances sociétales. Les enjeux d’EuropaCity sont multiples et collectifs ».

EuropaCity a été progressivement présenté comme un projet culturel plutôt que commercial. Le Centre Pompidou a été démarché pour y stocker ses collections.

Des espaces d’expérimentation scientifique seraient développés avec la caution de la Cité des sciences et de l’Industrie. Une ferme urbaine a été annoncée au dernier moment façon greenwashing de même que 14 hectares de panneaux photovoltaïques en toiture et une chaufferie biomasse.

« EuropaCity tire sa raison d’être de l’évolution de nos modes de vie à l’ère digitale – l’attente d’immédiateté, de simplicité – et du besoin d’une consommation plus responsable. En réunissant dans un même lieu pensé pour sa sobriété énergétique, des espaces culturels, de sport, de détente, de loisirs, d’hébergements et de shopping, EuropaCity offrira aux visiteurs une grande diversité d’expériences dans un temps court ».

Or le 6 mars 2018, suite à la saisine des associations s’opposant à EuropaCity le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, annule l’arrêté préfectoral qui autorisait la création de la ZAC (Zone d’aménagement concerté) du Triangle de Gonesse. L’étude d’impact présentée ne convainc pas sur la qualité l’air des Franciliens (le surcroit de transports, la disparition de terres agricoles) et sur les besoins énergétiques du complexe.

Avec arrogance Vianney Mulliez président de Ceetrus affirme en juin 2018 : « J’ai la certitude qu’EuropaCity se fera ».

« EuropaCity n’est ni un parc de loisirs ni un centre commercial. C’est un lieu de vie multifonctionnel qui répond aux attentes du territoire. Ce projet est issu d’une réflexion prospective menée à l’intérieur de l’entreprise pour identifier ce que deviendra notre métier à l’ère du numérique et du e-commerce.

Nous avons beaucoup de discussions et des protocoles d’accord confidentiels.

Même si EuropaCity n’existe pas encore, le projet est sur la feuille de route de nombreux partenaires, qu’il s’agisse du parc à thème, de la culture, du cirque, des loisirs… Nous avons cinq lettres d’intention de grands opérateurs français et internationaux sur des équipements structurants pour définir les programmes, approfondir les projets et aboutir à une phase de contractualisation ».

Pourtant les mobilisations se sont multipliées. Les ministres de l’Ecologie ont changé et l’exécutif a intériorisé peu à peu le grand écart entre le « Make the planet beautiful again  » et la conduite de ce type de projet.

Marquant cette évolution le journal Le Monde titre en le 4 octobre 2019 : “Plus contesté que jamais, le mégacomplexe EuropaCity promet des mesures écologiques”.

Les promoteurs s’engagent à atteindre le zéro carbone, zéro artificialisation nette de terres et à diviser par trois sa surface de commerces  ». Toutes les promesses imaginables sont avancées pour sauver le projet prométhéen.

 

Des territoires en difficulté

La banlieue ne va pas bien. Déficiences en transports publics, en emploi, en qualité de vie. Les élus se trouvent comme des parieurs épuisés pour faire vivre leurs territoires. Et l’espoir fait vivre, il peut même faire gagner une élection. Si une grande entreprise, la grande distribution ou parfois l’Etat apporte un nouveau projet et des investissements, n’est ce pas la promesse de désenclaver la commune ou le département ?

Les territoires sont ainsi mis en concurrence dans l’espoir pour chacun de tirer son épingle du jeu, quitte à ce que celui du voisin périclite et que le bilan net d’emplois –tous acteurs confondus- soit plutôt négatif. Le maire de Gonesse (socialiste) jouait son va-tout (avec une direction du PS divisée[7]), Marie-Christine Cavecchi, présidente du département du Val d’Oise (LR) menaçait d’un mouvement « pire que les gilets jaunes » si EuropaCity était stoppé.

Mais face au groupe Auchan et au conglomérat Wanda son allié chinois, on trouvait à la fois un mouvement citoyen mobilisé (au sein également de la ville de Gonesse) relayé petit à petit par des élus écologistes ou de gauche et aussi un certain nombre de commerces petits ou grands ayant déjà du mal à survivre dans la proximité.

Les promoteurs EuropaCity avaient commencé par promettre beaucoup d’emplois d’abord dans la phase de construction 12600 qu’ils avaient dû réviser à 3000 pour être plus crédible face aux questions aiguisées de la commission nationale du débat public. Pour la phase d’exploitation le chiffre annoncé était passé aussi de 12000 à 10000[8]. Mais si ce chiffre doit être ramené au nombre d’emplois accessibles à la population locale. Ainsi Roissy et de Disney, deux pôles d’emplois importants employaient en 2013 respectivement 6,5% et 4,1% des actifs résidents de leur bassin d’emploi. Reste enfin à comparer le nombre d’emplois riverains à celui des destructions d’emploi.

Le cabinet Mac Kinsey à la demande de la foncière concurrente Unibail et de la communauté d’agglomération Terres d’envol a évalué les « effets de cannibalisation » du projet EuropaCity. Pour celui-ci, « la phase construction ne devrait pas dépasser 2500 emplois, dont 850 pourvus localement ; la phase exploitation représenterait entre 500 et 3000 créations nettes d’emplois, selon les scénarios ». Avec le temps ef l’évasion fiscale du groupe Auchan et de Wanda, il est bien illusoire de compter sur des bilans positifs durables tant en terme d’emploi, qu’en terme de rentrées fiscales.

EuropaCity mettait de plus en plus en avant l’espoir de jeunes dans sa communication comme si la motivation de Ceetrus et de Wanda était brusquement devenue l’action sociale et culturelle du département.

Credit photo Szmulewicz

Un mode d’urbanisation couteux et financé par la collectivité

EuropaCity tablait sur la venue et donc le transport en avion, en bus, en voiture et en métro de 30 millions de consommateurs par an. On imagine encore plus la saturation des voies routières (50% des venues par la route).

La gare sur la ligne 17 placée pour servir le projet et non les populations enclavées est donc un élément décisif. Mais il conditionne aussi une autre phase du projet qui est beaucoup moins assumée, le développement de 128 hectares d’un quartier d’affaires dont 800 000 m2 de bureaux, 75 000 m2 d’hôtel. Entendons-nous bien ce triangle bordé par une autoroute et deux aéroports (Roissy et le Bourget) est du gâchis du point de vue de ceux qui font commerce du foncier. La construction de logements y est interdite. Mais pas celle d’un centre commercial ni celle de bureaux. Cette partie moins visible de l’iceberg est pourtant encore plus rentable pour des investisseurs. L’enjeu est colossal. Pour mémoire la superficie de la zone de la Défense est de 160 hectares.

 

Le suivi vigilant de la décision du gouvernement

Dès l’annonce de l’abandon, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitation agricole) et Mme Lambert[9] sa présidente se félicitent enfin de la décision d’abandon d’EuropaCity, et dénoncent enfin l’artificialisation des terres prévue contre laquelle elle n’avait rien dit avant.

De même la Chambre d’agriculture de la région Île-de-France rappelle[10] que « des agriculteurs sont déjà installés et exploitent les terres agricoles” sur le site envisagé ».

La chambre dénonce par avance, « les projets alternatifs, tous plus utopiques les uns que les autres, qui « visent notamment à revoir le modèle agricole  ».

Pour que la décision du gouvernement prenne tout son sens il est important de se prémunir contre plusieurs risques de dévoiement de cette victoire écologique.

L’abandon du projet de centre de consommation et de loisir rend inutile la création d’une gare en plein champ qui requiert une importante participation financière de l’Etat. Le projet de quartier d’affaire n’est en effet pas viable sans cette gare. S’agit-il d’inertie bureaucratique ou bien d’un double langage ?

Mais le vent semble tourner ; le rapporteur public du tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) a demandé, mercredi 6 novembre, la suspension pour dix mois de l’autorisation environnementale de la ligne 17.

 

Sanctuariser les terres agricoles et les protéger des pesticides

La véritable décision positive serait que soit sanctuarisé pour activité agricole l’ensemble du triangle de Gonesse. Il s’agit de produire des légumes sains pour les cantines des écoles de Paris et de sa région qui n’arrivent pas à se fournir.

Mais c’est là qu’un nouvel enjeu apparaît. Les agriculteurs qui avaient négocié sans trop d’opposition leur départ et la vente de leurs parcelles pourront-ils revenir à la situation antérieure ou bien la puissance publique doit-elle favoriser un véritable tournant stratégique et encourager un nouveau projet agricole avec production maraichère de fruits et légumes, transformation des produits agricoles, formation agricole et recherche. Un pôle consacré au recyclage des biodéchets des villes permettrait de les transformer en engrais pour les sols agricoles et éviter le recours aux engrais chimiques.

Une concertation des différents acteurs est prévue autour de Francis Rol-Tanguy qui a reçu du gouvernement la mission de « réfléchir à un projet alternatif plus vaste que le triangle de Gonesse ». La vigilance et la mobilisation restent nécessaires pour ne pas revenir aux vieilles habitudes soit l’impasse de l’agriculture intensive soit celle du bétonnage des terres, soit une mix entre les deux. Le défi est de nous conformer aux engagements pris lors de la cop21 : arrêt de l’artificialisation des terres, développement de l’agriculture biologique, l’extinction progressive des énergies fossiles.

 

Répondre aux besoins des habitants des territoires

Si le maire de Gonesse et le conseil départemental crient à l’abandon de leurs territoires, qui seraient des oubliés du Grand Paris, il est de mauvaise foi de plaider encore pour la gare de Gonesse à 1700 mètres des habitations et d’autres investissements dans le réseau de transport seraient beaucoup plus judicieux. Ainsi le tronçon entre Epinay-sur-seine et Sartrouville qui attend depuis vingt an, et une ou deux gares à Argenteuil et dans les quartiers du val d’Argent couteraient moins cher pour plus d’utilité.

Le développement d’activités en cohérence avec l’agriculture biologique, comme l’invite le projet Carma est une première réponse au besoin de développer des emplois pérennes et porteurs de sens. Terres de liens, France Nature Environnement (la fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement) et d’autres associations le soutiennent.

Des groupes de citoyens de Gonesse se sont déjà investis dans ce combat. Au delà, des solutions doivent être apportées pour lutter contre le mitage du territoire et améliorer les solutions de transports collectifs. Si le maire de Gonesse a pu faire rêver une partie de sa population sur le méga-projet EuropaCiy c’est que dans ce territoire enclavé, l’espoir d’emploi était l’argument d’autorité.

 

Encore un effort pour être à la hauteur du défi écologique

Après la démission de Nicolas Hulot, un conseil de défense écologique avait été créé par le gouvernement Philippe[11] pour donner de la visibilité à sa politique écologique qui n’est pas toujours convaincante.

Un « observatoire de l’artificialisation des sols » a également été décidé pour aller vers le « zéro artificialisation ».

Pourtant à Strasbourg, le chantier de projet de contournement autoroutier a pu démarrer, alors qu’il consomme des terres agricoles, traverse une forêt et touche lourdement les communes périurbaines.

Les agrandissements de porcheries industrielles sont imposés par des préfets contre les populations et les maires de petites communes.

Le combat des maires (plus de 120 et deux départements au 15 novembre) prenant des arrêtés pour mettre à distance des populations les pesticides de synthèse illustre l’indécision de ce gouvernement.

Va-t-on vers une sortie rapide du glyphosate et autres pesticides de synthèse de plus en plus pathogènes en accompagnant et en responsabilisant les agriculteurs ? Ou bien les préfets et les préfètes cherchent-elles à suspendre les arrêtés sans pouvoir tenir bien longtemps cette ligne du déni en faisant bloc avec les agriculteurs les moins disposés à évoluer ? Le tribunal administratif de Rennes a invalidé la l’arrêté de Daniel Cueff, maire de Langouet initiateur de ce mouvement en s’en tenant à l’argument d’illégitimité d’un arrêté pris par un Maire. Celui de Cergy-Pontois au contraire a exploré les enjeux sanitaires et a donné raison aux maires de Genevilliers et Sceau puis à celui d’Antony en l’absence de mesure de protection précisée par l’Etat. Est-il bien raisonnable d’entretenir le flou sur la sortie effective du Glyphosate et des pesticides de synthèse face à un monde agricole désemparé ? Ne faut-il pas plutôt aider le maximum d’agriculteurs à faire transition ?

 

Comme pour EuropaCity les présidents et les ministres semblent prêts à suivre les lobbies de la grande distribution, de la grande énergie ou du gros agri-business tant que des mobilisations citoyennes ne révèlent pas les dangers de ces décisions et mettent à nu le double discours du pouvoir.

 

D’autres méthodes de décision et de transparence

Les territoires ont besoin de se réapproprier les décisions de développement. Mais cela passe par une évolution des mécanismes d’élaboration et de décision qui associerait riverains et paysans, élus et défenseurs de l’environnement.

De plus la révolte des gilets jaunes a montré que des mesures écologiques ne peuvent être décrétées abstraitement par en haut sans qu’elles ne soient accompagnées de mesures sociales pour ceux qui sont les plus exposés et le plus précarisés.

Petits agriculteurs, ouvriers ou employés repoussés dans le péri-urbain- les plus vulnérables aux orientations anti-écologiques de choix de développement urbain et rural actuel qu’ils n’ont pas fait eux-mêmes- peuvent se sentir acculés et sans aucune marge de manœuvre. Comment le dit Bruno Latour, ils ne savent plus « Où atterrir[12] ». C’est pourtant ceux-là qu’il faut à tout prix intégrer aux choix d’avenir des territoires.

Non pas dans un pari démesuré et une fuite en avant mais dans la réappropriation des enjeux de vie commune, d’agriculture nourricière, de sobriété énergétique, de mobilité pour tous. Cette construction s’appelle la démocratie, on ne peut pas dire qu’elle soit facilitée par les institutions de la 5ème république.

La mobilisation qui a produit des fruits – le blocage du projet EuropaCity- s’oriente maintenant sur une confrontation avec les élus locaux qui essaient toujours de favoriser le volet immobilier d’entreprises dans le triangle de Gonesse.

 

 

Notes de lecture

[1] Article du Monde du 9 novembre 2019 – EuropaCity, un mégacomplexe qui était sur la corde raide LIEN https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/09/27/a-gonesse-europacity-un-megacomplexe-sur-la-corde-raide_6013218_3234.html

[2] CARMA Coopération pour une Ambition Rurale et Métropolitaine Agricole

[3] « Selon les Safer, les Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural, entre 1980 et aujourd’hui, la surface agricole utile (SAU) totale en France – composée de terres à labour, de prairies et de zones de viticulture – a été réduite de 32 à 27 millions d’hectares » l’Express

[4] Article du Figaro du30 avril 2019 Auchan : la liste des 21 magasins et centres de préparation qui vont être mis en vente LIEN https://www.lefigaro.fr/societes/auchan-la-liste-des-21-sites-qui-vont-etre-mis-en-vente-20190430 

[5] Appel de 11000 scientifiques le 7 novembre 2019 Crise climatique : l’appel de 11 000 scientifiques pour éviter des « souffrances indescriptibles » LIEN https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/11/07/l-appel-de-11-000-scientifiques-pour-eviter-des-souffrances-indescriptibles-liees-a-la-crise-climatique_6018369_3244.html

[6] Site https://europacity.com/ dans sa dernière version de novembre 2019.

[7] L’appareil du PS avait approuvé le projet (Hollande, Vals, Fabius) tandis qu’Anne Hidalgo et la mairie du 11ème ont accueilli le grand meeting le 20 février 2019 salle Olympe de Gouge. Encore un effort pour pouvoir se réclamer de la social-écologie ! Le sujet n’a pas été abordé dans la campagne des Européennes, tout comme celui des pesticides de synthèse.

[8] Selon les chiffrages de l’expert indépendant à la demande de la Commission Nationale des Débats Public M. Degorre, directeur adjoint de l’INSEE Picardie.

[9] Sur Twitter le jour même de la décision du gouvernement le 7 novembre.

[10] L’express https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/abandon-d-europacity-les-agriculteurs-demandent-leur-maintien-sur-le-site_2106537.html

[11] Edouard Philippe –qui a travaillé à la communication d’AREVA- est peut-être encore freiné par une culture plus technocratique qu’écologique ?

[12] Bruno Latour a publié en 2017 le livre Où atterrir où il montre l’impasse des populations terriennes prise entre la promesse d’une mondialisation prospère et heureuse qui se dérobe à des pans entiers de l’humanité et la finitude de la terre et des territoires qui ont perdu toute souveraineté.

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Pour aller plus loin

Suivez l’actualité pour la suite de la mobilisation

  • Le site de l’association CARMA
  • Le site du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG)
  • Avec le site en ligne Reporterre

Découvrez la propagande d’EuropaCity

Europacity Paris – Découvrez le futur parc de loisirs LIEN https://europacity.com/

 





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