Les partis allemands tentés par la radicalisation



Après quatorze ans de coalitions au centre dirigées par Angela Merkel, se démarquer de ce large ventre mou politique constitue-t-il le nouveau Graal du succès électoral ? Cette question taraude aussi bien les sociaux-démocrates du SPD, tentés par un virage à gauche, que le parti d’extrême droite AfD (Alternative für Deutschland), sous la pression des 
récents succès électoraux de son aile la plus radicale

. Les deux partis devront trancher cette question existentielle ce samedi lors du renouvellement de leurs leaders.

Figure de proue de l’AfD, Alexander Gauder a fait savoir mardi soir qu’il ne se représenterait pas à la coprésidence du parti aux côtés de Jörg Meuthen. Malgré ses 78 ans, il laissait planer le doute sur sa candidature pour barrer la route de concurrents trop radicaux. Sa décision laisse penser que son dauphin, Tino Chrupalla, député de 44 ans originaire de Görlitz, rassemblera assez de suffrages lors du congrès du parti à Brunswick ce week-end pour garantir à l’AfD son profil bourgeois bon ton.

Tino Chrupalla, candidat de la synthèse pour l’AfD

Ce peintre en bâtiment de 44 ans 
originaire de Görlitz,

tombeur du ministre président de Saxe, Michael Kretschmer, qu’il a évincé du Bundestag en 2017, a l’avantage de venir d’un land d’ancienne Allemagne de l’Est, fief électoral de l’AfD. Il est en outre toléré par « l’Aile » (« Der Flügel »), la frange radicale du parti en pleine expansion mais sous surveillance des renseignements intérieurs allemands. Bjorn Höcke, fondateur de ce mouvement et chef de file du parti en Thuringe, avait décrété que le mémorial aux Juifs assassinés d’Europe à Berlin était un « monument de la honte ».

S’il ne fait pas parti de ce courant, Gottfried Curio, autre candidat déclaré à la présidence de l’AfD en est proche. Une éventuelle victoire du physicien de 59 ans, très actif sur les réseaux sociaux et connu pour ses diatribes anti-migrants, marquerait une nouvelle étape dans la radicalisation du parti.

Deux visions du SPD diamétralement opposées

A gauche de l’échiquier politique, ce mouvement est plus prégnant encore au sein des membres du SPD, au point de menacer la coalition d’Angela Merkel. Ceux-ci doivent en effet départager samedi en fin d’après-midi deux couples de candidats à la présidence du parti aux visions diamétralement opposées. Arrivés en tête de seulement 1,6 point avec 22,8 % des suffrages exprimés des militants, le ministre des Finances, Olaf Scholz, et l’ancienne députée du Brandeburg Klara Geywitz, défendent le maintien du SPD au sein du gouvernement.

Le SPD a des succès quand il a une ligne claire et se bat pour elle

Le compromis arraché au début du mois sur 
la création d’une retraite de base

est leur meilleur argument. Même leurs rivaux, Norbert Walter-Borjans et Saskia Esken, partisans d’un virage à gauche, ont salué cet accord. Mais l’ex-ministre des Finances de Rhénanie-du-Nord Westphalie et la députée du Bade-Wurtemberg maintiennent leurs critiques contre la coalition d’Angela Merkel. « Le SPD a des succès quand il a une ligne claire et se bat pour elle. Mais notre position de partenaire junior au sein du gouvernement ne nous donne pas assez de marges de manoeuvre », assure Saskia Esken.

Ce duo est soutenu par le mouvement des Jeunes socialistes (Jusos), dont le président, Kevin Künhert, est 
un critique de la première heure de la coalition

. Alors que ce dernier se porte candidat au poste de secrétaire général du SPD, le parti choisira-t-il ce triumvirat audacieux à sa tête ? Beaucoup en doutent tant la rupture serait un affront à Angela Merkel qui reste très populaire. Et une prise de risque pour le SPD lui-même : les sondages le relèguent désormais en quatrième position derrière les conservateurs, les Verts et l’AfD en cas de nouvelles élections fédérales.



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