La formation des salariés n’est profitable qu’à certaines conditions



Les
dépenses de formation

doivent-elles être considérées comme des investissements ? Cela fait déjà quelques décennies que les économistes se posent la question. Depuis les années 1960, exactement, quand le futur prix Nobel, Gary Becker, a formalisé sa théorie du capital humain. Pour faire simple, celle-ci considère que, quand un étudiant poursuit ses études une année de plus, c’est parce qu’il en espère un salaire supérieur une fois arrivé dans la vie active. Il investit ainsi dans son « capital humain ». Tout se passe donc comme s’il s’agissait d’un investissement. L’étudiant en attend une rentabilité à terme.

A qui profite la formation ?

Quand c’est
l’entreprise qui investit dans la formation de ses salariés

, la question se pose aussi de savoir dans quelle mesure ces dépenses profitent aux employeurs, aux salariés et à la société dans son ensemble. Là, la réponse n’est pas univoque. Pour certains, la formation des salariés bénéficie aux entreprises. Ainsi, selon une étude de trois chercheurs, Patrick Aubert, Bruno Crépon et Philippe Zamora, publiée en 2009, un effort de formation de 11 heures par salarié dans une entreprise entraîne un gain de productivité de l’ordre de 1 % par rapport à une entreprise qui ne dépense rien dans la formation.

L’investissement en formation serait moins profitable aux salariés qu’à leurs employeurs, ceux-ci conservant en effet la majeure partie de ces gains. « Les salariés ne récupéreraient sous forme de salaire qu’une partie, que nous estimons de 30 à 50 %, des gains de productivité permis par la formation », estiment les trois chercheurs.

Tout dépend de la nature des formations

Pourtant, tout n’est pas toujours si simple. Pour Alexandre Léné, maître de conférences à l’université de Lille, « il n’y a pas d’automaticité entre investissements en formation et bénéfices pour l’entreprise. Cela dépend de la nature des formations, de l’organisation de l’entreprise ». D’abord, certaines formations consistent en une simple actualisation des compétences, quand d’autres rendent les salariés plus polyvalents. Ce n’est que dans le second cas que la productivité de l’entreprise en bénéficie. Ensuite, l’entreprise n’est pas qu’une somme d’individus, la façon dont elle est organisée compte.

Enfin, « les études montrent que la formation n’est qu’un des aspects qui permettent l’accroissement de la productivité », explique Alexandre Léné. « L’acquisition de compétences a des effets plus importants quand celle-ci s’accompagne d’investissements dans les nouvelles technologies et de changements organisationnels. » Le lien entre formation et performance de l’entreprise n’est donc pas toujours vérifié. « Il paraît important de pouvoir distinguer la finalité des formations : certaines sont des investissements, quand il s’agit de répondre à des changements technologiques ou de former à de nouveaux métiers. D’autres peuvent davantage être considérées comme des dépenses, quand les formations sont de simples actualisations de compétences », estime l’économiste.

Des bénéfices pour la société

Une chose est sûre : la société peut retirer des bénéfices de ces investissements. « La formation entraîne des effets indirects au-delà du cadre de l’entreprise. Ainsi la formation en entreprise peut contribuer à accroître la probabilité de retrouver un emploi, réduisant de cette manière le montant versé par l’assurance-chômage », écrivait Marc Ferracci, conseiller de la ministre du Travail, dans un ouvrage paru en 2013.



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