l’emprise psychologique inscrite dans la loi, une mesure indispensable contre les violences conjugales


En le caractérisant dans la loi, le gouvernement entend prendre en compte les violences psychologiques, souvent une alarme avant les violences physiques. Une annonce saluée par les professionnels.

La notion d’emprise psychologique va être inscrite dans le code pénal et dans le code civil : c’est l’une des mesures annoncée lundi 25 novembre par le Premier ministre Edouard Philippe, en clôture du Grenelle contre les violences conjugales. Depuis le début de l’année 2019, plus 130 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, selon les chiffres communiqués par la ministre de la Justice Nicole Belloubet le 15 novembre, lors d’un colloque sur le sujet.

>> Grenelle sur les violences conjugales : ce qu’il faut retenir des mesures annoncées par Edouard Philippe

En le caractérisant dans la loi, le gouvernement entend prendre en compte les violences psychologiques, « étant entendu qu’elles sont souvent le préalable à la violence physique ». Cette mesure satisfait les professionnels, magistrats, avocats et associations d’aide aux victimes. Même si les associations jugent l’ensemble des mesures insuffisantes et un budget qui n’est pas à la hauteur des attentes, les professionnels s’accordent à dire que l’inscription de la notion d’emprise psychologique dans le Code civil et le Code pénal permettra d’agir avant le premier geste de violence.

Le premier coup, la première violence dans un couple arrive après que la pression psychologique est devenue une emprise. Il s’agit d’un enfermement psychologique, une prison sans barreaux. C’est à ce moment-là qu’il faut agir pour Yaël Méhul, co-pilote du groupe de travail sur les emprises et violences psychologiques : « Si nous arrivons à extraire les femmes victimes de violences conjugales au moment où l’emprise n’est pas suffisamment lourde, prégnante, pour lui avoir enlevé sa capacité de jugement, nous lui aurons sauvé la vie quelque part ».

Pour la chancellerie, il est important de pouvoir mettre des alarmes. Des violences conjugales ne sont pas toujours compatibles avec une visite au parloir avec le détenu, témoigne Isabelle Rome, membre de la cellule justice pour le Grenelle. « Cela m’est arrivé plusieurs fois de voir de telles situations dans lesquelles des femmes se sentaient tellement culpabilisées d’avoir ‘envoyé’ leur conjoint en prison que vite elles allaient envoyer un permis de visite, que la relation reprenait et que malheureusement les violences recommençaient et les affaires se terminaient aux Assises », raconte-t-elle.

Agir avant, c’est aussi une évidence pour Karen Sadlier, docteur en psychologie. « Plus il y a de contact avec l’auteur, plus il y a le phénomène d’emprise », analyse-t-elle. « C’est difficile car à chaque fois il y a la fois la séduction et la menace. Là où c’est compliqué, c’est au moment des discussions autour de l’autorité parentale conjointe car il y a chaque fois un contact entre la victime et l’auteur des violences », explique Karen Sadlier.

En lien direct avec l’emprise psychologique des victimes, les suicides forcés sont désormais circonstances aggravantes dans les délits pour harcèlement moral au sein d’un couple.



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