Huawei sème la discorde entre Berlin et Washington



A trop vouloir ménager la Chine, les proches d’Angela Merkel subissent les foudres américaines. A la suite d’une émission politique dominicale sur la première chaîne allemande ARD, le ministre allemand de l’Economie a provoqué l’ire de l’ambassadeur américain Richard Grenell lundi. Pour justifier
le compromis trouvé au sein du parti conservateur

pour renforcer les exigences de sécurité vis-à-vis des fournisseurs de la 5G, sans exclure ouvertement le chinois Huawei, Peter Altmaier a en effet comparé les Etats-Unis avec la Chine.

Il a souligné que les premiers n’étaient pas exempts de soupçons non plus en rappelant le
scandale des écoutes

organisées sous la présidence de Barack Obama. Les services secrets américains avaient espionné des membres du gouvernement allemand, y compris Angela Merkel. Berlin n’avait pourtant pas envisagé de sanctionner les entreprises américaines. « Les Etats-Unis exigent également que leurs entreprises divulguent certaines informations nécessaires à la lutte contre le terrorisme », a ajouté Peter Altmaier.

« Une insulte »

Ce proche d’Angela Merkel avait certes aussi déclaré dimanche lors de l’émission Ann Will qu’il fallait « s’assurer de manière vérifiable que l’Etat chinois n’exerce aucune influence » sur les entreprises participant au développement de la 5G. La réaction américaine n’en a pas été moins violente.

« Les récentes déclarations de hauts représentants du gouvernement allemand selon lesquelles les Etats-Unis sont comparables au Parti communiste chinois sont une insulte pour les milliers de soldats américains qui contribuent à assurer la sécurité de l’Allemagne et les millions d’Américains qui travaillent pour une alliance occidentale forte », a réagi Richard Grenell. « Il n’y a pas d’équivalence morale entre la Chine et les Etats-Unis, et quiconque prétend le prétendre ignore l’histoire – et la répète inévitablement ».

La CDU de nouveau divisée

La sortie de Peter Altmaier a aussi relancé
les tensions au sein de son propre parti

. Le président conservateur des affaires étrangères Norbert Röttgen, à l’origine de la motion adoptée par les délégués de la CDU samedi dernier a souligné qu’il s’agissait d’exclure tout prestataire « sous influence étatique ». « Cela concerne toutes les entreprises chinoises », a-t-il conclu lundi sur Twitter.

Une vision partagée en outre par les députés sociaux-démocrates qui veulent exclure les prestataires « lorsque l’influence, la manipulation ou l’espionnage non contrôlés par l’Etat de droit ne peuvent être exclus ». La direction de la CDU espérait éviter une interdiction officielle de Huawei en échange d’un renforcement du droit de regard du Bundestag sur les critères de sélection des fournisseurs de la 5G. Mais la maladresse de Peter Altmaier semble avoir au contraire convaincu le parlement d’utiliser son droit de regard pour dépasser les réticences de la chancelière allemande.

Face à tant d’incertitude, le groupe Deutsche Telekom aurait même pris les devants. Selon le journal Wirtschaftswoche, il a décidé de mettre progressivement fin à l’utilisation de la technologie Huawei dans les deux prochaines années en remplaçant les composants Huawei de son réseau central lors de leur renouvellement.



A lire aussi

Laisser un commentaire