EDF, Engie : le projet alternatif pour la réforme des retraites



Il y a pénibilité et pénibilité. Les travailleurs affiliés à la Caisse nationale des industries électriques et gazières (CNIEG),
un régime spécial de retraite

, le savent bien. Chez eux, ceux qui travaillent de nuit et qui grimpent aux pylônes peuvent partir à 57 ans, au nom du « service actif ». Mais dans
le régime universel de retraite

promis par Jean-Paul Delevoye, ils
doivent perdre cet avantage lié au statut

. En contrepartie, ils n’obtiendraient qu’un compte de prévention de la pénibilité concernant beaucoup moins de monde et ne permettant pas de partir cinq années plus tôt que l’âge légal.

De quoi inquiéter les employeurs de la branche – comme EDF ou Engie – qui gèrent encore 140.000 salariés au statut, et redoutent un embrasement social. Les électriciens-gaziers participeront d’ailleurs à
la grève du 5 décembre

. Depuis un an et demi, ces entreprises, en concertation avec les syndicats, ont donc multiplié les contacts informels avec l’équipe du haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye. Avec à la clef un projet alternatif de réforme.

Des jours de congé supplémentaires

Les employeurs demandent en premier lieu la conservation intégrale des droits déjà acquis en matière de départ anticipé. Le système actuel prévoit qu’un salarié au statut peut espérer partir jusqu’à cinq ans avant la date légale, en fonction de la durée de son service actif. Une règle plus souple et plus avantageuse que celle en vigueur pour la fonction publique.

Deuxième proposition, compléter le futur compte de prévention de la pénibilité par des jours de congé en guise de préretraite. Il existe déjà un « compte d’épargne jours-retraite », financé exclusivement par l’employeur, qui permet de stocker des jours de repos, en moyenne deux ans en bout de carrière pour les salariés concernés. Il va être littéralement écrasé par la réforme Delevoye, mais patronat et syndicats sont prêts à renégocier un « nouveau CEJR » dans le cadre de la branche.

Le problème des primes

Pour les représentants des salariés, le départ anticipé n’est pas négociable. « Cette année on est passés à 41 annuités, donc, en réalité, les gens partent plus tard que 57 ans pour avoir le taux plein. Et puis ce sont nos employeurs qui paient, on ne coûte rien à la solidarité nationale », plaide Gilles Gouron, administrateur de la CNIEG et cégétiste. Certes, une contribution tarifaire d’acheminement continue à peser sur les abonnés à l’électricité pour financer les droits passés. « Mais elle devient négligeable à partir de 2025 et disparaît en 2040 », explique-t-il. Le projet Delevoye prévoit sa disparition. Ce qui ne signifie pas que le prélèvement sera supprimé : il pourrait simplement aller dans une autre poche publique.

La troisième proposition des IEG porte sur l’intégration des primes dans l’assiette de cotisation vieillesse. Il va falloir augmenter les salaires de ceux qui n’ont pas de prime et diminuer la part de prime de ceux qui en ont beaucoup. Pour cela, la branche réclame quinze ans de transition, ce que
le rapport Delevoye

a d’emblée accepté. De plus, les employeurs travaillent sur des schémas permettant de faire surcotiser en début de période les salariés gagnant peu de primes. Leur salaire net ne s’en retrouverait pas amputé, car le futur taux de cotisation universel est plus bas que le taux actuel de la branche. Quant aux salariés qui touchent beaucoup de primes, catégorie sensible car ils sont généralement à la production, ils sous-cotiseraient mais engrangeraient des droits à retraite supplémentaires.



A lire aussi

Laisser un commentaire