Chiffre d’affaires dissimulé, bilan carbone « sous-évalué », politique sociale restrictive… Un rapport pointe les pratiques d’Amazon



Un rapport d’Attac France, des Amis de la Terre et du syndicat Solidaires révèle que l’entreprise Amazon a dissimulé 57% de son chiffre d’affaires réalisé en France et a largement « sous-évalué » son bilan carbone.

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Amazon a dissimulé 57% de son chiffre d’affaires réalisé en France en 2017, selon une enquête d’Attac France, des Amis de la Terre et du syndicat Solidaires que vous révèle franceinfo dimanche 24 novembre. D’après Attac, cette année-là, le chiffre d’affaires réel d’Amazon en France a été de l’ordre de 3,9 milliards d’euros, contre un chiffre d’affaires déclaré de 1,67 milliard d’euros. Selon les auteurs de l’enquête, en Europe, le pivot du système fiscal mis en place par l’entreprise repose sur des filiales installées au Luxembourg. En France, sur l’exercice 2015, Amazon continuait à facturer les trois quarts de ses services depuis d’autres pays, et la moitié en 2017, « selon des estimations prudentes », souligne l’enquête. Pour exemple, Amazon France paye à l’une des filiales luxembourgeoises de lourds droits pour utiliser la marque.

Autrement dit, Amazon se facturait ses propres services pour diminuer son résultat sur le sol français.Extrait du rapport

L’enquête pointe également le bilan carbone « sous-évalué » de la multinationale. « Transport des colis, stockage de données, services de streaming, hébergement de millions de sites web par Amazon Web Services, traitement des déchets électroniques, artificialisation des sols, et fabrication des 15 milliards de produits vendus sur le site, le modèle économique d’Amazon génère de très lourds impacts environnementaux. » La multinationale s’est fixée un objectif de 100% d’énergies renouvelables en 2030. Mais selon le rapport, « l’objectif annoncé de 50 installations solaires d’ici à 2020 ne couvre que 6% des entrepôts d’Amazon et une fraction minime de l’empreinte carbone globale du groupe. » Le transport aérien, développé par Amazon aux États-Unis et en Europe pour assurer ses livraisons en 24 heures, est aussi pointé du doigt. « Réduire par deux les émissions du transport tout en augmentant les trajets en avion est impossible dans la période de 10 ans que la multinationale s’est prétendument fixée. »

Amazon est décrite comme une « machine à surproduction » qui a vendu en 2018 « 15 milliards » de produits. « Son modèle économique repose principalement sur la croissance continue des ventes de produits », souligne l’étude. Un modèle qui pousse à une « surconsommation » et produit des quantités d’invendus. Trois millions de produits neufs ont ainsi été détruits par Amazon en France en 2018. Amazon Web Services a aussi émis 55,8 millions de tonnes de gaz à effet de serre en 2018, soit l’équivalent des émissions du Portugal. Les centres informatiques d’Amazon sont, eux, une « véritable bombe pour le climat », selon le rapport. En 2018, les centres de données auraient consommé 198 TWh, soit 1% de l’électricité mondiale, plus que la consommation de la Thaïlande, la Pologne ou l’Égypte. « L’explosion du big data représente donc une réelle menace pour lutter efficacement contre le changement climatique. »

Le bilan des pratiques sociales d’Amazon ne sort pas non plus grandi de cette étude. Les auteurs donnent en exemple des salariés soumis à des rythmes de travail permettant la livraison de 10 millions de produits dès le lendemain de la commande, surveillés au quotidien par des dispositifs électroniques et des retours de leur encadrement. Ils dénoncent le recours massif aux travailleurs précaires, aux livreurs ubérisés, jusqu’à la mise en concurrence avec des robots dans les entrepôts. Le rapport confirme enfin le constat fait vendredi 22 novembre par le député LREM Mounir Mahjoubi. Pour un emploi créé par Amazon, deux emplois sont détruits dans les commerces de proximité.

Les auteurs du rapport demandent notamment qu’Amazon respecte le droit du travail et « applique la convention collective du commerce et de la distribution ». Ils attendent que l’entreprise réduise « fortement son impact écologique » et soit contrainte de réduire les mises sur le marché de produits textiles et électroniques. Enfin, le rapport réclame que la multinationale soit « transparente sur les flux financiers et les relations entre ses filiales », et paie « sa juste part d’impôt ».

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