La masse salariale plombe les finances du Rassemblement national


Alors que le Rassemblement national se trouve dans une situation financière préoccupante, le parti verserait toujours à sa présidente Marine Le Pen une allocation annuelle de 60 000 euros.

Financièrement, le Rassemblement national va mal. Selon les révélations de nos confrères de Mediapart, il a été sauvé de peu grâce à un prêt consenti au parti par un homme d’affaires français en juin 2017. Le parti reste toutefois lourdement endetté, et il s’est vu privé d’une partie de sa subvention publique, en raison de l’enquête en cours sur les assistants parlementaires européens présumés fictifs (LIRE PAR AILLEURS).

Même si une partie des salaires a été prise en charge par l’État dans le cadre du remboursement lié aux frais de la campagne présidentielle, la masse salariale du parti pèse lourd. Elle a atteint les 3,2 millions d’euros en 2017 pour 50 salariés équivalents temps plein. Ce phénomène s’explique en partie par le niveau de rémunération de cadres permanents du RN. Certains salaires peuvent avoisiner 9 000 euros par mois. « Ces “hauts salaires” sont ceux de personnes qui sont embauchées depuis longtemps », explique le trésorier du RN à la cellule investigation de Radio France. « Et ça n’arrive jamais de diminuer un salaire. Vous pouvez éventuellement faire un plan social, licencier des personnes, mais pas diminuer un salaire », poursuit Wallerand de Saint-Just.

Extrait de la publication générale des comptes des partis et groupements politiques au titre de l’exercice 2017, pour le Front national. (Document de la commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP))

« Un parti, c’est comme n’importe quelle entreprise, lorsque vous rencontrez des difficultés financières, ça implique une certaine rigueur budgétaire », remarque de son côté Jean-Christophe Ménard, avocat spécialiste du financement politique. « Et là, apparemment, ce n’est pas le cas. »  Le RN est aussi critiqué pour sa gestion par d’anciennes figures du parti. Pour Bernard Monot, ex-eurodéputé, architecte du programme économique de Marine Le Pen en 2012 et 2017, qui a claqué la porte du « Front » après l’échec à la dernière élection présidentielle, « le parti va dans le mur. J’ai alerté pendant plusieurs années sur la situation très tendue des finances du Front, sur l’endettement, sur les déficits des comptes d’exploitation annuels qui peuvent mettre en péril son existence même. »

Dans ce contexte, il semble étonnant que le RN verse à sa présidente, qui perçoit par ailleurs ses indemnités d’élue, une somme de 60 000 euros par an, qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Le parti affirme qu’il ne s’agit pas d’une rémunération, mais d’une « allocation forfaitaire ». « Madame Le Pen a évidemment un nombre de frais importants dans son métier et c’est tout à fait normal que le Rassemblement national y participe », explique le trésorier du RN Wallerand de Saint-Just.

Dans sa déclaration d’intérêts et d’activités déposée auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) le 24 octobre 2017, c’est pourtant bien le terme de « rémunération » que Marine Le Pen a employé. « C’est possible, mais il n’y a pas de bulletin de paie », rétorque le trésorier du parti. 

Extrait de la déclaration d’intérêts et d’activités de Marine Le Pen auprès de la HATVP en octobre 2017.
Extrait de la déclaration d’intérêts et d’activités de Marine Le Pen auprès de la HATVP en octobre 2017. (Document de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP))

Qu’il s’agisse d’une « rémunération » ou d’une « allocation forfaitaire », celle-ci a considérablement gonflé.

Présidente du FN entre 2011 et 2014, Marine Le Pen ne touchait pas d’indemnité. Puis, en 2014, le parti commence à lui verser 1 000 euros par mois. Une somme triplée l’année suivante : 36 000 euros déclarés pour l’année 2015. Et qui augmente encore sensiblement par la suite. « La rémunération mensuelle passe de 3 000 euros à 5 000 euros à compter du mois de juillet 2017 », écrit Marine Le Pen dans sa déclaration d’intérêts. Questionnée à l’époque sur cette augmentation sur France 2, la présidente du parti d’extrême droite, visiblement agacée, a répondu : « Oui, j’avais besoin de 2 000 euros de plus par mois ».

Wallerand de Saint-Just, qui tient les cordons de la bourse et se présente comme le « cost-killer » du RN, assume cette « allocation » annuelle de 60 000 euros versée à la présidente : « C’est ce qui a été décidé et ça correspond exactement à l’activité de Madame Le Pen qui est considérable. Cette dépense me paraît absolument indispensable. » Nous avons cherché à questionner Marine Le Pen sur la nature des frais avancés par elle qui justifieraient une telle allocation. Nous n’avons pas obtenu de réponse.

Wallerand de Saint-Just et Marine Le Pen, le 22 novembre 2017.
Wallerand de Saint-Just et Marine Le Pen, le 22 novembre 2017. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Une organisation politique a la liberté de rémunérer ses dirigeants comme il l’entend. D’ailleurs, sur ce point, la HATVP, qui a examiné la déclaration d’intérêts de Marine Le Pen, n’a pas émis d’objection. « À partir du moment où ces rémunérations sont déclarées, il n’y a pas, pour nous, matière à enquête », nous a-t-on répondu. Est-ce fréquent ? Non. Il est rare que des dirigeants de partis politiques se versent ainsi des indemnités chaque mois. Est-ce illégal ? Non. Est-ce étonnant ? Cela interroge en effet, au regard de l’état des finances du RN, dont l’endettement frôle les 30 millions d’euros.

En 2018, Marine Le Pen avait en effet lancé un appel aux dons. « Le Rassemblement national va disparaître », s’alarmait-elle sur la chaîne CNews. « Nous demandons à tous les Français attachés à la démocratie de verser y compris une somme aussi modeste soit-elle. » Lors de cette intervention en août 2018, la présidente du RN indiquait que le parti avait, grâce aux premiers dons, récupéré un peu moins de 150 000 euros. Mais elle ajoutait : « Nous sommes très loin des besoins qui sont les nôtres ».



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