Macron cherche racines, désespérément


Le président de la République serait-il touché par la malédiction du « D’où parles-tu ? » Depuis le début de son quinquennat, Emanuel Macron subit la critique suprême de l’homme venu de nulle part, sans ancrage, sans terreau, sans racines. Pour beaucoup de nos concitoyens, en particulier ceux qui ne vivent pas dans les grandes métropoles de notre pays, il est un « alien », un « E. T. » de la politique.

« Président hors sol »

Or, depuis quelques mois, notre chef de l’Etat « venu de l’espace » répète à qui veut l’entendre la formule célèbre « Moi, rentrer maison ». Bien sûr, le président n’est pas du tout un parachuté, un intrus de la vie publique. Son itinéraire mémoriel dans sa ville natale, Amiens, joyau de la Picardie, où vécut Jules Verne, cité connue pour ses canaux qui lui ont valu le surnom de « petite Venise du Nord », devrait calmer tous ceux qui s’entêtent à traiter notre dirigeant de « président hors sol ». Et pourtant, malgré tous ses efforts, le message ne passe pas. Comme s’il lui manquait une petite clé pour ouvrir la porte de l’estime de ses concitoyens. Il multiplie les efforts avec ardeur et détermination pour un hypothétique rapprochement. Malgré cette constance louable, il y a comme un grain de sable dans la machine.

Que d’efforts ! Rappelez-vous, son formidable itinéraire mémoriel à travers les champs de bataille de la guerre de 14-18, dans l’est du pays, comme aucun président ne l’avait fait avant lui, ses plongées dans la France profonde des maires, durant le « grand débat national », là aussi opération inédite, et ses sorties quasi quotidiennes, parfois à haut risque, pour aller au-devant des Français. Et ce courage politique pour aller affronter les ouvriers de Whirpool, aujourd’hui sur le carreau, alors qu’il devait les sauver contre vents et marées.

Le Touquet ? Trop chic

Alors, où est le problème ? Certains prétendent qu’il lui faudrait un lieu symbolique pour s’enraciner, une roche de Solutré à la François Mitterrand, un champ de patates corrézien à la François Hollande, un marché aux bestiaux du plateau des Mille Vaches à la Chirac, ou encore un volcan auvergnat à la Giscard. Un lieu sacré, un refuge ? Ils lui suggèrent Le Touquet, où il possède une maison en bord de plage, avec son épouse, là où la parentèle de Brigitte se retrouve régulièrement autour de lui. Il a bien tenté de jouer cette carte de la famille recomposée à travers plusieurs reportages dans la presse people. Mais le lieu n’a pas imprimé. Trop chic, trop balnéaire. Et puis, un patriarche quadragénaire, qui peut y croire ?

Comment la France est devenue une matière inflammable

Alors, planchent ses conseillers, comment aller chercher des racines qui le rapprocheraient un peu de ce peuple ronchon et éruptif, espérant gommer ce tatouage « intello coupé de la base » qui lui colle à la peau ? Son cas est unique dans l’Histoire de France. Il n’a jamais été élu, n’a vécu les joutes parlementaires qu’au seul titre de ministre et n’a, au fond, jamais couru les préaux du pays profond. Formidable paradoxe : c’est sur cette identité improbable que ce bretteur infatigable et pugnace a construit sa légende, celle d’un vainqueur venu du monde virtuel, ce fameux Nouveau monde aux frontières opaques, souvent invisibles, un espace difficile à cerner, cet univers qui terrifie tant de nos concitoyens tant il est synonyme d’inconnu et de peur du futur. C’est le message qu’au fond le locataire de l’Elysée a distillé aux étudiants d’Amiens : « N’ayez pas peur de l’avenir ! ». Son credo se perdra-t-il sur les rives fleuries de la Somme et des canaux ?





FranceTVinfo

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