Plan hôpital : des carrières revalorisées de façon ciblée



C’est ce qu’on appelle des revalorisations ciblées. Mercredi, le gouvernement a annoncé une série de primes et de mesures d’attractivité pour les carrières hospitalières, dans le cadre de 
son plan d’urgence pour l’hôpital

. La quasi-totalité des sommes allouées à ce plan, 300 millions d’euros en 2020, 500 millions en 2021, puis 700 millions en 2022, seront fléchées vers le personnel soignant. Mais le gain de pouvoir d’achat ne sera pas massif alors que les besoins sont immenses.

Cela fait des années que le point d’indice dans la fonction publique n’a pas été revalorisé, et il ne le sera pas dans l’immédiat. La France figure toujours au 26e rang des pays développés pour le niveau de salaire des infirmiers. Les aides-soignants sont payés pas loin du SMIC. Et de nombreux médecins se mettent à mi-temps pour 
faire de l’intérim

, voire quittent le public pour des salaires plus attractifs et des organisations plus efficaces dans le privé.

Dans le cadre de la stratégie de transformation du système de santé présentée il y a un an, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a promis de s’attaquer au problème de l’attractivité des carrières hospitalières. Celle des médecins, d’abord. Des groupes de travail ont été mis sur pied pour élaborer une ordonnance créant un statut unique du praticien hospitalier : on permettrait à chaque médecin de placer le curseur de son temps de travail public où il le souhaite, afin de compléter son traitement avec des rémunérations libérales et varier les pratiques. Un moyen de retenir ceux qui veulent partir, sans casser la tirelire.

La concertation s’est arrêtée net

Las, les professionnels ont posé comme préalable une revalorisation indiciaire, si bien que la concertation s’est arrêtée net au printemps et que l’ordonnance n’est pas publiée. Dans l’urgence, le gouvernement vient d’accorder aux jeunes médecins un recrutement directement au quatrième échelon, à 4.400 euros brut. Mais les blouses blanches réclament maintenant une revalorisation générale pour qu’elle passe de 4.400 à 5.000 euros en entrée de grille et de 7.500 à 10.000 euros en sortie de grille.

Pour les carrières non-médicales, faute d’avoir 3 ou 4 milliards à y consacrer par an, il fallait bien viser. C’est plutôt réussi avec l’extension de la prime d’engagement dans la carrière hospitalière aux jeunes paramédicaux. Ils bénéficieront de 10.000 à 15.000 euros de coup de pouce, étalé sur trois ans. La somme n’est pas négligeable. Tous les métiers en tension sont concernés : manipulateurs radio, kinés, etc. Alors que le décret de 2017 avait drastiquement limité le nombre de bénéficiaires, ce contingentement disparaît complètement.

Des primes gérées près du terrain

Autre point de frottement : le logement à Paris. La nouvelle prime annuelle de 800 euros pour les soignants dont le salaire est inférieur à 1.950 euros net par mois (40 % de l’effectif à l’AP-HP) ne paiera évidemment pas un loyer francilien. Mais elle pourra s’additionner à d’autres dispositifs, souligne Martin Hirsch, le directeur général du groupe hospitalier : « Entre l’intéressement, la prime de coopération, etc., des milliers de personnes verront probablement leur rémunération augmenter de plus de 200 euros par mois ».

Enfin, ces primes dispersées plaisent aux directeurs, car elles seront gérées près du terrain. Ainsi, la prime de valorisation financière des équipes engagées dans la transformation sera entièrement à la main des établissements et pourrait concerner jusqu’à 600.000 personnes à terme. De plus, la prime de 100 euros par mois dans le cadre des protocoles de coopération (infirmiers, orthoptistes, sages-femmes, etc.) pourra être accordée sans attendre quatre ans que la Haute Autorité de santé se prononce sur l’opportunité de cette délégation de tâches.

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