L’élargissement de l’Europe provoque une profonde division des Vingt-sept



L’élargissement de l’Union européenne est en passe de devenir un abcès de fixation en Europe. 
Depuis le refus de la France

d’accepter l’ouverture de négociations d’adhésion avec deux pays des Balkans, l’Albanie et la Macédoine du Nord, la plupart de ses partenaires ne décolèrent pas, convaincus que Paris a fait là une erreur complète d’analyse géopolitique pour des motifs de politique intérieure, et ils sont prêts à en découdre.

Le sujet a occupé mercredi une partie des débats en marge du congrès du PPE 
qui a porté à sa tête Donald Tusk

, président sortant du Conseil européen, ancien Premier ministre polonais et infatigable défenseur de la politique d’élargissement de l’Union européenne à l’est. Après avoir exprimé sa « grande déception » au sujet du blocage des négociations d’adhésion, il a dit compter sur la Croatie, qui héritera de la présidence du Conseil de l’Union européenne au premier trimestre 2020 pour « rétablir l’unité de l’Union européenne sur l’élargissement ». « Nous pensons qu’il serait bon pour ces deux pays comme pour la stabilité régionale d’ouvrir ces pourparlers », a confirmé le Premier ministre croate Andrej Plenković, à Zagreb. En ligne de mire, le sommet qui doit réunir en mai prochain les dirigeants européens et ceux des six pays des Balkans occidentaux.

Aucune repentance

Les partisans d’un élargissement rapide peuvent compter sur le soutien de la présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen qui a déclaré récemment à Berlin que l’Union « avait demandé beaucoup » à la Macédoine du Nord et à l’Albanie. « Maintenant nous devons tenir parole et commencer les négociations d’adhésion sinon d’autres combleront le vide, la Chine ou la Russie, la Turquie ou l’Arabie saoudite ».

Proposition de réforme

A Paris, si on regrette que ce débat ait pris une telle ampleur, on ne manifeste aucune repentance. C’est plutôt la méthode employée par Donald Tusk, le président du Conseil européen, qui est pointée du doigt. En décidant de porter
le désaccord des ministres

au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement pour tordre le bras d’Emmanuel Macron, il a crispé les positions et braqué les projecteurs sur la France, alors que celle-ci n’était pas aussi isolée qu’on le dit.

Accusés de faire de l’obstruction, les Français ont mis promptement sur la table 
une proposition de réforme des procédures d’adhésion.

« Moins automatique, moins bureaucratique, plus progressive aussi », selon l’entourage du chef de l’Etat et surtout prévoyant la possibilité de revenir en arrière si l’évolution politique ou économique d’un pays l’exigeait.

La chancelière allemande Angela Merkel a saisi au vol cette proposition présentée mardi dernier à Bruxelles. « Nous devons maintenant discuter avec la France […] au sujet des éléments qui devront être améliorés et modifiés dans le processus d’adhésion », a-t-elle commenté en marge du congrès du PPE à Zagreb. La chancelière a souhaité « parvenir à un accord le plus rapidement possible » car « il ne faut pas que nous nous écartions de ce que nous avions promis ».

Deux préalables

Derrière le premier préalable d’une modification de la procédure d’adhésion, la France en cache toutefois un deuxième. Elle souhaite obtenir un « signal » indiquant la volonté commune des Vingt-sept de réformer le fonctionnement de l’Union, forcément inefficace à trente Etats membres avec les règles actuelles, selon Paris. 
Si une telle orientation en faveur d’un approfondissement de l’Union

européenne était donnée au printemps 2020, alors le sommet des Balkans pourrait lancer les négociations avec Tirana et Skopje. Ainsi les deux processus seraient menés en parallèle.

Ces tergiversations françaises sont très mal vécues à Bruxelles où l’épisode a terni l’image de Paris. Les commentaires vont de l’interrogation à la franche irritation. Pourquoi cette fermeté française ? Sert-elle à masquer une nouvelle posture, farouchement individualiste et cherchant à brusquer l’Europe par tous les moyens ? Faut-il voir là une stratégie de Paris visant à obtenir des concessions sur d’autres dossiers importants pour l’Union européenne ? Ou s’agit-il simplement de cécité face à l’enjeu géostratégique perçu comme primordial, celui de stabiliser les Balkans dans le giron européen ? La confrontation entre les argumentaires des deux camps ne fait que commencer.



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