Compte de formation : Uber prêt à doubler la mise pour ses chauffeurs



Cinq cents euros par an pour un salarié ou un chômeur mais 1.000 euros pour un chauffeur Uber ? Lors d’un voyage express de 48 heures dans la Silicon Valley la semaine dernière, Antoine Foucher, le directeur de cabinet de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a demandé au numéro un des VTC de faire un effort substantiel pour abonder 
le compte de formation

 de ses chauffeurs français.

« Des droits supérieurs permettraient à ces plates-formes de devenir des tremplins vers d’autres métiers et de s’assurer qu’elles ne créent pas un nouveau lumpenprolétariat », a-t-il plaidé auprès de Jill Hazelbaker, la vice-présidente en charge des affaires publiques de la société. Avec 5.000 euros au bout de cinq ans, un chauffeur pourrait s’offrir une formation ambitieuse, deux fois plus rapidement qu’un salarié dont le compte n’est pas abondé.

A l’heure où Uber doit donner des gages de bonne volonté pour éviter que les législateurs 
requalifient les travailleurs indépendants en salariés

, le bras droit du PDG s’est montrée ouverte à l’idée. Alors que 
la loi sur les mobilités,

qui vient d’être adoptée, oblige les plates-formes à alimenter le compte formation de leurs travailleurs, elle s’est engagée à le faire d’ici à l’été 2020. Sous réserve que les négociations en cours sur le montant et le seuil de revenus des chauffeurs aboutissent.

Conférence à Stanford

Ce rendez-vous a eu lieu dans le cadre d’un séjour organisé par EdCast, une start-up californienne spécialisée dans la formation. Karl Mehta, son PDG, a invité Antoine Foucher à présenter l’application du CPF à Stanford dans le cadre de sa conférence annuelle sur le futur du travail. Face à un public souvent plus friand d’initiatives privées que publiques, le directeur de cabinet a mis en avant l’intérêt de passer par le gouvernement. « 34 millions de personnes auront un compte dès le départ car nous fabriquons l’application », a-t-il souligné, jouant la carte « frenchie » à fond avec une image de « La Liberté guidant le peuple » barrée du mot « émancipation ».

Karl Metha avait rencontré Antoine Foucher l’année dernière pour lui proposer de sous-traiter la construction de l’application à EdCast. La Caisse des Dépôts étant déjà avancée sur le projet, le conseiller gouvernemental avait décliné, mais les deux sont restés en contact pour discuter des prochaines versions. Selon cet ancien conseiller entrepreneur (« fellow ») de la Maison-Blanche qui a travaillé sur des moyens de paiement innovants pour Barack Obama, le projet français est d’une « ampleur inégalée ».

Singapour a développé une application similaire mais pour une population plus restreinte et sans possibilité de s’inscrire directement en ligne. En Inde, l’association des professionnels de l’informatique a également lancé une plate-forme proche l’année dernière mais pour 200.000 personnes seulement. Sa présidente, présente à la conférence, a invité Antoine Foucher à venir en Inde prochainement pour l’aider à convaincre les autorités fédérales d’étendre le projet.

Il a aussi été approché par Josh Bersin, fondateur d’un des cabinets de conseil en ressources humaines les plus influents aux Etats-Unis, pour lui proposer de monter ensemble un projet d’évaluation de l’application. S’il arrive à montrer son impact sur le chômage ou le PIB, le consultant proposera un projet similaire aux Etats américains.

On a testé l’appli du gouvernement pour choisir sa formation



A lire aussi

Laisser un commentaire