Compte de formation : les réserves de l’ex-patron de la métallurgie



Dirigeant du constructeur de nacelles élévatrices Haulotte, Alexandre Saubot note avec satisfaction que le nouveau compte de formation devient un droit véritablement individualisé. De quoi corriger un des défauts du système actuel qui veut que la formation aille principalement aux personnes déjà formées et pas aux autres.

L’ancien président de la Fédération de la métallurgie se montre plus circonspect sur l’absence d’accompagnement du salarié, seul face à une offre « foisonnante »« L’ancien système offrait l’avantage d’un échange avec l’entreprise et l’Opca (Organisme paritaire collecteur agréé) dont elle dépendait », rappelle-t-il.

Quelque chose reste donc à construire pour que l’argent du titulaire du compte soit utilisé au mieux en évitant par exemple de s’orienter vers des filières sans débouché. « Même si les échanges avec les salariés ne sont plus obligatoires, il faut que l’entreprise reste impliquée, en particulier si elle veut co-construire avec certains d’entre eux sur des projets qui peuvent l’intéresser », estime ce patron d’ETI (2.000 salariés).

Abondement « au cas par cas »

Le dirigeant de l’entreprise ligérienne, par ailleurs président de l’Opérateur de compétences inter-industriel, ou Opco 2i, regrette le caractère « très centralisé » de la réforme qui confie la gestion des flux financiers et des priorités de formation à la nouvelle entité France Compétences. « Il faudra que l’Etat soit à l’écoute des entreprises, lesquelles devront faire de la pédagogie vis-à-vis des salariés. D’abord pour qu’ils ouvrent leur compte. Ensuite sur les besoins de compétences à acquérir et sur le choix des formations », estime-t-il, à l’opposé de la position du ministère du Travail pour qui l’individu est le mieux placé pour savoir ce qu’il veut.

Même bémol vis-à-vis des abondements par les entreprises. Le gouvernement imagine que cela devienne un vecteur puissant de dialogue social. Alexandre Saubot, lui, pense que ce sera au « cas par cas ». Chez Haulotte, il y a donc peu de chance qu’un accord collectif soit signé sur ce sujet et pour son patron, cela paraît assez peu envisageable au niveau d’une branche. « Dans la métallurgie je n’y crois pas ! »

« L’abondement collectif de l’employeur n’a pas beaucoup de sens car en face il n’y aura pas d’engagement collectif des salariés. Pour que cela marche, il faudrait que le droit individuel puisse être emporté par un accord collectif », explique-t-il. Et de prendre l’exemple d’une entreprise où un des salariés pressentis accepte de suivre une formation abondée par elle, mais refuse de participer à son financement : « D’une part l’entreprise devra y suppléer et d’autre part cela crée une inégalité vis-à-vis des autres salariés. »

On a testé l’appli du gouvernement pour choisir sa formation



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