Brexit et législatives anticipées : premier face à face entre Johnson et Corbyn



C’est le premier grand rendez-vous de cette campagne. Le Premier ministre conservateur Boris Johnson et le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn s’apprêtent à s’affronter, mardi soir sur ITV, à l’occasion d’un premier débat télévisé en vue des législatives anticipées du 12 décembre. Un face-à-face à haut risque : selon un sondage YouGov publié dimanche, 37 % des électeurs susceptibles de voter Boris Johnson disent que leur opinion peut encore changer à l’occasion de ces « crunchs » télévisés, une volatilité qui touche autant Jeremy Corbyn (35 %).

Les conservateurs, en tête de 14 points dans les sondages, à 42 % contre 28 % pour le Labour, prennent cette joute d’autant plus au sérieux qu’ils savent le moment particulièrement critique dans la campagne. Elle entre en effet dans le concret : les « manifestes » dévoilant le programme des deux partis seront dévoilés dans les jours qui viennent (dès jeudi pour le Labour) et les votes par correspondance, utilisés par un électeur sur cinq en moyenne outre-Manche, démarreront le 26 novembre. Ce qui fait dire aux caciques des deux partis que le vote peut se jouer dans les 10 jours qui viennent.

Asymétrie du scrutin

Les « Tories » sont d’autant plus inquiets que c’est la semaine de publication des manifestes que Theresa May, avant la dernière élection anticipée de juin 2017, avait décrochée dans les sondages. Ils ont les yeux rivés sur la courbe de popularité de Boris Johnson, pour l’instant confortablement installé 30 points devant son rival travailliste. « Si cela commençait à piquer du nez comme la dernière fois, nous deviendrions très nerveux », a confié un membre de l’équipe de campagne de Boris Johnson au « 
Times

 ».

L’enjeu du scrutin est asymétrique : désormais boudés par leurs alliés unionistes nord-irlandais du DUP, les « Tories » doivent impérativement reconstituer une majorité parlementaire pour sortir de l’impasse actuelle sur le Brexit et dérouler ensuite leur agenda politique. Les travaillistes peuvent en revanche se satisfaire d’une minorité suffisamment solide pour tenter de nouer une alliance afin de gouverner, par exemple avec les indépendantistes écossais du Scottish National Party.

Baisse des taxes immobilières

Les deux candidats ont déjà commencé à tirer certaines de leurs cartouches, lundi matin, devant les grands patrons britanniques réunis à l’occasion de la conférence annuelle de la CBI (Confederation of British Industry, l’équivalent britannique du Medef). Maniant l’humour et la décontraction, Boris Johnson a tiré le premier en promettant une baisse des taxes immobilières (« business rates ») pesant sur les entreprises. Au total, les allégements fiscaux qu’il leur fait miroiter atteindront 1 milliard de livres par an en 2022-2023, avec des baisses sur la construction, la recherche et la contribution à l’assurance maladie.

Il a en revanche remis à plus tard la réduction de 19 % à 17 % du taux d’impôt sur les sociétés prévue en avril, pour dégager 6 milliards de livres afin de financer des « priorités nationales » comme le système de santé. « C’est la décision budgétaire la plus responsable à l’heure actuelle », a-t-il estimé, envoyant pour la première fois depuis longtemps un signe de tempérance là où 
il a ces dernières semaines multiplié les annonces de dépenses

.

« Comme de l’eau chaude dans une théière »

Il appelle les patrons à le soutenir pour donner aux entreprises, grâce à son accord de divorce avec Bruxelles, « une stabilité et une certitude complètes ». L’accord « est prêt à être servi comme de l’eau chaude dans une théière », a-t-il lancé.

Jeremy Corbyn a lui aussi promis une baisse d’impôt pour les entreprises et annoncé un programme d’« apprentis pour le climat » destiné à accompagner la transition climatique. Usant d’un ton calme et  mesuré, il a cherché à casser 
son image anti-entreprises

« Ce n’est pas être anti-business que d’être contre les salaires de misère, de dire que les grandes entreprises doivent payer leurs impôts au même titre que les petites, ou de vouloir la prospérité pour l’ensemble du pays et pas seulement pour la City », a-t-il dit.

Quelques minutes auparavant, la directrice générale de la CBI, Carolyn Fairbairn, avait dénoncé « le danger des idéologies extrêmes », avec à droite la tentation d’une « dérégulation massive », et à gauche un 
programme de nationalisation sans précédent

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