Attention, le « quid pro quo » dont parle Trump n’a rien à voir avec le « quiproquo » des vaudevilles


Vous avez peut-être entendu ces derniers jours cette locution latine répétée ad nauseam dans les auditions en destitution visant Donald Trump au Congrès américain et fleurir sur les réseaux sociaux : « Quid pro quo », littéralement « une chose pour une autre » en français.

Mercredi encore, la locution – qu’on peut traduire par « donnant-donnant » en Français – était au cœur de l’audition de l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne Gordon Sondland. Ce proche du président américain a déclaré devant les parlementaires qu’il y avait bien eu « quid pro quo » dans l’affaire ukrainienne. Mais attention, elle n’a rien à voir avec notre « quiproquo », popularisé notamment par les vaudevilles. Issu de la même locution latine, le quiproquo français est défini par Le Petit Robert comme une « méprise qui fait qu’on prend une personne ou une chose pour une autre », un « malentendu ». Rien à voir avec un quelconque « donnant-donnant ».

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Ces trois mots renvoient pour les Américains à une question clé de l’affaire ukrainienne : Donald Trump a-t-il conditionné le déblocage de 391 millions de dollars d’aide militaire à l’Ukraine et/ou une invitation à la Maison-Blanche au lancement par Kiev d’une enquête pour corruption visant le démocrate Joe Biden – son possible rival pour la présidentielle 2020 – et son fils Hunter ?

Les démocrates entendent prouver que ce chantage a bien eu lieu. S’ils y parviennent, le président américain devrait se retrouver ipso facto en procès pour destitution devant le Sénat.

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« La plupart des gens ne la comprennent pas »

Donald Trump soutient, lui, mordicus, avec le soutien des parlementaires républicains, qu’« il n’y a pas eu quid pro quo », notamment sur Twitter. De même qu’il n’a cessé de répéter qu’il n’y avait pas eu de « collusion » dans l’affaire russe, « il reprend certains termes comme des leitmotivs, contribuant à consolider leur popularité et leur usage », souligne le linguiste et éditorialiste Ben Zimmer.

Comme les républicains sont majoritaires au Sénat, une destitution est improbable. Mais les démocrates espèrent néanmoins convaincre les électeurs que Donald Trump est corrompu et abuse de sa fonction présidentielle pour servir ses intérêts politiques personnels. Dans ce contexte, l’utilisation d’une locution obscure n’est pas un gage d’efficacité.

Le 8 novembre, 33 auteurs américains signaient une lettre ouverte au « New York Times » demandant ainsi « d’arrêter d’utiliser » cette expression, soulignant que « la plupart des gens ne la comprennent pas ».

De plus, soulignaient ces auteurs visiblement anti-Trump, qui dit « quid pro quo » n’implique pas forcément qu’il y ait eu délit : exiger par exemple d’un pays qu’il respecte les droits humains en échange d’une aide économique est le type de donnant-donnant qui peut se justifier, disaient-ils.

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Rectifier le tir

Pas étonnant donc que certains démocrates cherchent à rectifier le tir.

La semaine dernière, leur cheffe au Congrès Nancy Pelosi parlait pour la première fois de « corruption » pour qualifier les soupçons pesant sur le président américain, un terme plus compréhensible, inscrit nommément parmi les motifs possibles de destitution cités par la Constitution américaine.

Selon le « Washington Post », des entretiens menés discrètement par les démocrates début novembre auprès d’un échantillon d’électeurs ont montré qu’ils jugeaient tous le terme « corruption » bien plus percutant que « quid pro quo ».

Mais on ne chasse pas manu militari une expression devenue virale.

Les déclarations de Gordon Sondland vont « lui donner un nouvel élan », prédit Ben Zimmer. « Il dit explicitement qu’il y en a eu un [de quid pro quo, NDLR], ce qui veut dire qu’on va avoir droit à une nouvelle série d’échanges » autour de ce terme.

Ce que le président Trump a confirmé peu après en déclarant sur la pelouse de la Maison-Blanche qu’il n’avait jamais demandé… « de quid pro quo ».

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L'Obs





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