Âge de la retraite : le gouvernement durcit le ton



« Il faut dire aux Français clairement, tranquillement, le faire progressivement, que nous allons travailler plus longtemps […] soit par la durée de cotisation soit par une mesure d’âge. » Le Premier ministre, Edouard Philippe, a été clair ce jeudi matin sur France Inter : le redressement des comptes des régimes de retraite est indispensable dans la perspective de
l’instauration du futur régime universel

, et le prolongement des carrières est la seule solution acceptable pour l’exécutif.

Changement de ton à l’Elysée

Après la cacophonie des dernières semaines, marquée par des débats sur la fameuse « clause du grand-père » (seuls les futurs entrants sur le marché du travail seraient concernés), le gouvernement affiche une posture volontariste avant
la mobilisation du 5 décembre

. Un changement de ton commandé par Emmanuel Macron, mardi soir,
lors d’un dîner avec des responsables de la majorité

.

Interrogé sur l’ampleur du déficit à combler, Edouard Philippe a d’abord rappelé le pourquoi 
du nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites

, qui doit être discuté ce jeudi par les membres du COR : « C’est moi qui ai demandé ce rapport […], parce que certains disaient qu’il n’y a pas vraiment de problème, que c’est l’épaisseur du trait. J’ai demandé de dire la vérité. »

Et cette vérité, c’est la perspective d’un déficit « de l’ordre de 10 à 12 milliards d’euros » à l’horizon 2025, a-t-il poursuivi (le COR évoquant une fourchette de 8 à 17 milliards). A partir de là, le Premier ministre, qui doit recevoir les responsables patronaux et syndicaux lundi et mardi prochains à Matignon, va leur demander : « Que fait-on ? » Mais pour le chef de l’exécutif, ni la réduction des pensions ni l’augmentation des cotisations ne sont des solutions « acceptables », car cela porterait atteinte au pouvoir d’achat ou à la compétitivité.

Reste donc la piste incontournable du travailler plus longtemps, solution que « semble dessiner le COR », affirme-t-il. L’exécutif est plus ouvert sur la méthode pour y parvenir : « L’âge pivot est un élément de solution », mais « voyons avec les partenaires sociaux s’ils préfèrent des solutions sur la durée (de cotisation), des solutions sur l’âge légal, des solutions sur l’âge pivot, sur l’âge d’équilibre. Tout ça, c’est encore relativement ouvert encore une fois, on a un petit peu de temps. » Il n’est néanmoins pas question de relever l’âge légal de départ à 62 ans.

Interrogé sur l’éventualité d’une clause du grand-père pour les bénéficiaires des régimes spéciaux (SNCF, RATP…), le Premier ministre n’a pas insisté sur la nécessité de transitions longues, comme ces dernières semaines, mais surtout sur l’importance du système cible. « Je ne fais pas cette réforme contre les Français, mais pour mettre en place un système plus stable, plus solide, plus juste », a-t-il martelé. La veille déjà, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, avait fait preuve de fermeté sur RTL : « Nous ne reculerons pas sur cette réforme des retraites. Ce n’est pas juste pour le plaisir de faire une réforme. Nous avons un problème immédiat : ce système n’est pas équilibré. De toute façon, il faut réformer le système. »

La CFDT refuse toute mesure d’âge

La CFDT, qui organise une conférence de presse ce jeudi après-midi sur les retraites et qui est favorable au principe du régime universel, sera sans doute rassurée sur la volonté de l’exécutif d’aller au bout de la réforme sans la reporter aux calendes grecques. En revanche, Laurent Berger conteste depuis le départ la nécessité de prendre des mesures d’économies pour redresser les comptes, et assure qu’il s’opposera à la réforme si c’est le cas.



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