Inégalités, immigration, travail des femmes… cinq chiffres qui en disent long sur la société française


Des Français qui vivent mieux et en meilleure santé mais qui s’inquiètent davantage pour l’avenir : tel est 
le portrait que dresse l’Insee de la société française d’aujourd’hui

, comparée à celle des années 1990. Voici cinq données emblématiques qui en disent long sur cette évolution :

· Les femmes ont pris l’ascenseur social

Bloqué, l’ascenseur social ? Pas pour les femmes, qui ont connu une forte mobilité sociale depuis les années 1970. En 2015, 71 % des femmes françaises âgées de 35 à 59 ans, actives ou anciennes actives occupées, relèvent d’une catégorie socioprofessionnelle différente de celle de leur mère. C’est 12 points de plus qu’en 1997. Par rapport à leur père, le taux de mobilité sociale des femmes a augmenté, mais plus modérément. Au global, la mobilité sociale des femmes a progressé davantage que celle des hommes, qui est restée stable par rapport aux années 1970. Pour tout le monde, les mobilités ascendantes restent plus fréquentes que les mobilités descendantes, mais 
la transmission des inégalités sociales a tendance à stagner depuis les années 1990

.

Les femmes ont connu une ascension sociale plus marquée que les hommes depuis les années 1970.

Cette mobilité des femmes s’est accompagnée d’une meilleure acceptation du travail féminin. En 2019, trois Français sur quatre considèrent que les femmes « devraient travailler quand elles le désirent ». Ils étaient seulement 30 % à le dire en 1979. Cette opinion a surtout progressé dans les classes populaires où le travail des femmes était encore mal perçu dans les années 1970.

L'opinion favorable à l'égard du travail des femmes a davantage progressé dans les milieux populaires que chez les diplômés du supérieur, où il était déjà bien accepté dans les années 1970.

L’opinion favorable à l’égard du travail des femmes a davantage progressé dans les milieux populaires que chez les diplômés du supérieur, où il était déjà bien accepté dans les années 1970.

· Vers une stabilisation des divorces ?

Les mariages célébrés depuis les années 2000 seraient-ils plus solides ? Il faudra sans doute attendre la prochaine enquête de l’Insee pour le confirmer, mais son « portrait social » relève une 
tendance à la stabilisation des divorces

. Les séparations ont fortement augmenté depuis 1975. Ainsi, 5 % des mariages conclus en 1975 ont duré moins de cinq ans, contre 9 % de ceux conclus en 2010. « Pour autant, si entre 1975 et 2000, la part des mariages rompus avant cinq ou dix ans était en hausse, elle semble se stabiliser pour les mariages après 2000 », note l’Insee, qui par ailleurs, ne donne pas de statistiques pour les ruptures de PACS.

· Moins d’inégalités que dans les années 1970

Contrairement aux idées reçues, les inégalités de niveau de vie après redistribution sont moins élevées aujourd’hui que dans les années 1970. L’évolution n’est toutefois pas linéaire. L’indice de Gini, qui mesure l’écart de niveau de vie entre les plus riches et les plus pauvres, a fortement diminué jusqu’au milieu des années 2000, puis 
est remonté après la crise financière de 2008

. Cet indice chute fortement en 2013 pour, au final, s’établir en 2016 à un niveau proche de 1990.

· Des Français pessimistes sur leur niveau de vie

En quarante ans, le regard que portent les Français sur leur niveau de vie s’est considérablement dégradé. En 1979, 46 % estimaient que leur niveau de vie personnel s’était amélioré durant les dix dernières années. Ils ne sont plus que 24 % à le dire en 2019. Ce ressenti tranche avec les statistiques qui montrent une évolution globalement positive du niveau de vie des Français, au moins jusqu’à la crise de 2008 qui a marqué une stagnation.

Les Français sont plus pessimistes sur leur niveau de vie, alors qu'ils vivent mieux.

Les Français sont plus pessimistes sur leur niveau de vie, alors qu’ils vivent mieux.

Le sentiment de déclassement est beaucoup plus fort chez les catégories les moins favorisées. En 2019, 30 % des diplômés du supérieur estiment que leur niveau de vie s’est amélioré, contre 13 % pour les non-diplômés.

Les Français sont également plus pessimistes sur leur état de santé. Là encore, le ressenti est en décalage avec la statistique, puisque 
l’espérance de vie a progressé presque continuellement depuis quarante ans

. En 2019, 78 % des personnes sondées disent que leur état de santé est satisfaisant ou très satisfaisant, alors qu’ils étaient 90 % en 1979. Pour l’Insee, cette dégradation « peut être liée à une transformation de la notion de bonne santé, qui ne se restreint plus à l’absence de maladie ou d’infirmité, mais à un état complet de bien-être physique, mental et social, telle que définie par l’Organisation mondiale de la santé ».

· Forte progression de l’immigration depuis les années 2000

La France de 2019 compte 2 millions d’immigrés en plus que dans les années 1970. Leur part est restée stable dans la population, à 7,5 %, de 1975 au début des années 2000, puis a rapidement progressé depuis. L’origine des populations s’est diversifiée. En 1975, la population immigrée venait majoritairement d’Europe du Sud et du Maghreb. Depuis 2000, les flux migratoires en provenance d’Afrique subsaharienne et de Chine sont en expansion. Les femmes et les personnes diplômées sont aujourd’hui beaucoup plus représentées dans ces flux, loin de l’image de l’ouvrier peu qualifié venu dans les années 1960 en raison du besoin de main-d’oeuvre.

De nouveaux flux migratoires ont émergé depuis les années 2000.

De nouveaux flux migratoires ont émergé depuis les années 2000.



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