Hôpital : un plan de sortie de crise qui suscite des réactions contrastées



Trois cents millions d’euros dès 2020 et 1,5 milliard d’euros en trois ans pour soutenir l’hôpital et accorder des primes aux personnels soignants ; 10 milliards d’euros de reprise de dette par l’Etat : c’est ce qu’ont promis ce mercredi le chef du gouvernement, Edouard Philippe, et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. 
Leur plan d’urgence

 vise à donner un peu d’oxygène financier aux établissements publics, alors que les agents se mobilisent pour améliorer leurs conditions de travail et leurs salaires.

Emmanuel Macron avait reconnu la semaine dernière

qu’il faudrait « un investissement plus fort et plus massif dans notre système de santé » et avait promis un plan « conséquent ». Après les annonces de ce mercredi, les réactions ont été mitigées.

Les directions hospitalières sont satisfaites d’avoir obtenu une rallonge immédiate. « Ces mesures sont une mise en cohérence entre les annonces politiques et les actes budgétaires, ce qui avait cruellement fait défaut dans les intentions budgétaires initiales », s’est félicité Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF).

En septembre,
le représentant des hôpitaux publicss’était plaint de la lenteur

du déploiement de 
la stratégie Ma Santé 2022

, engagée un an plus tôt, et censée soulager des établissements désorganisés, démoralisés, confrontés à l’explosion des passages aux urgences. En octobre, il a vu rouge en découvrant dans 
le projet de loi de financement de la Sécurité sociale

que la progression de l’objectif de dépenses hospitalières serait limitée à 2,1 % en 2020 contre 2,4 % en 2019. Finalement, cet objectif remontera à 2,4 % l’an prochain. Et l’objectif global de dépenses d’assurance-maladie atteindra 2,45 % en 2020, puis 2,4 % en 2021 et 2022.

Vigilance sur la reprise de dette

La FHF promet toutefois d’être attentive à la façon dont l’Etat reprendra le tiers de 
la dette des hôpitaux

, en discutant avec chaque hôpital. « Nous voulons que les allégements de dette soient réservés aux établissements qui ont un projet d’investissement, et éviter d’offrir un blanc-seing aux mauvais gestionnaires », insiste Frédéric Valletoux, en signalant que 16 établissements sur 1.000 totalisent à eux seuls 30 % de la dette hospitalière publique.

Dans un courriel interne, le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, a salué des mesures qui « permettent de changer la donne », et indiqué que le groupe pourra être concerné par la reprise de dette. Elle servira à « renforcer nos investissements » et à « mettre en place des enveloppes que nous souhaitons confier aux structures médicales », a-t-il expliqué.

La quarantaine d’établissements de l’AP-HP se sont fortement mobilisés lors de 
la grève du 14 novembre

, et le plan hôpital tente de répondre à leurs besoins particuliers, notamment des moyens financiers pour retenir les manipulateurs radio ou les infirmiers de bloc opératoire, loger les aides-soignants malgré des prix de location dissuasifs, ou éviter la fuite des jeunes médecins vers le privé.

Les médecins mieux lotis

Mais ces annonces sont loin de contenter les soignants mobilisés, qui obtiennent en fin de compte une série de primes ciblées au lieu d’une revalorisation de 300 euros par mois de tous les salaires comme ils le réclamaient (mais qui était exclue depuis le départ par l’exécutif). « Je suis désespéré. On nous annonce comme le messie un troisième plan depuis le début de l’année, et il tombe complètement à côté de la plaque », réagit Hugo Huon, infirmier à l’AP-HP et porte-parole du collectif Inter-urgences, qui avait initié les grèves dans les services d’urgence.

« On sera contents d’avoir des thermomètres en plus, mais on continuera à attendre trois mois le réparateur quand une porte automatique casse, faute d’avoir du personnel pour s’en occuper. Surtout, on n’a rien eu sur les lits, les conditions de travail », dénonce-t-il.

Nouvelle grève mi-décembre ?

Même son de cloche au collectif Inter-hospitalier, créé à la rentrée, qui compte à sa tête de grands médecins. « Avec 800 euros de prime par an en région parisienne, on est loin d’amener nos infirmiers à la moyenne salariale de l’OCDE ; ça va les rendre fous », prévient Anne Gervais, praticienne hospitalière et porte-parole. Les jeunes médecins vont voir leur salaire d’embauche amélioré de près de 300 euros, à 4.400 euros brut. « C’est justifié. Mais c’est de la basse politique destinée à détacher une partie des médecins du mouvement », déplore-t-elle. De fait, de nombreux praticiens seront aussi sensibles à l’engagement de Matignon de redonner plus de pouvoir aux médecins à l’hôpital, à rebours de l’orientation de la loi HPST de 2009.$

Les deux collectifs, qui avaient refusé le 14 novembre une entrevue au ministère de la Santé pour parler directement avec Matignon, n’ont pas encore décidé des suites à donner à ce plan. Ils ne veulent pas se mêler aux 
manifestations du 5 décembre

sur 
les retraites

, mais pourraient appeler à nouveau à la grève mi-décembre.



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