En Europe, la grande divergence des finances publiques



Attention, divergence. Pour leur dernier exercice public côte à côte, les deux commissaires européens en charge des questions économiques ont dressé le portrait, mercredi à Bruxelles, d’une Europe aux finances publiques trop hétérogènes. D’un côté, quelques pays qui ne font pas suffisamment usage de leur marge de manoeuvre budgétaire pour soutenir la croissance économique au moment où celle-ci faiblit dangereusement. De l’autre, un groupe de huit pays,
parmi lesquels figurent la France

et l’Italie, que leurs projets de budgets pour 2020 placent face au risque d’une non-conformité par rapport aux règles budgétaires européennes.

Situation inquiétante

Fidèles à leurs lectures politiques distinctes, Valdis Dombrovskis et Pierre Moscovici n’ont pas mis l’accent sur le même enjeu. C’est le vice-président de la Commission sortante, membre du clan conservateur et jugé comme « le plus compréhensif des durs au sein du collège des commissaires » par une source bruxelloise, qui a mis le plus clairement en garde les Etats-membres laxistes. Il s’est chargé d’exhorter les huit pays en risque de non-conformité (France, Italie, Slovénie, Slovaquie, Finlande, Espagne, Portugal et Belgique) à « prendre les mesures nécessaires », surtout dans une période marquée par « une forte baisse des exportations et une contraction de l’activité manufacturière ».

Parmi eux, quatre sont coupables de n’avoir « pas suffisamment profité d’une période économique favorable » pour réduire leur dette. C’est le cas de l’Espagne, de la Belgique et de la France, dont les dettes publiques s’approchent d’un niveau correspondant à 100 % du PIB. Et, plus encore, de l’Italie, dont la dette dépasse 136 % du PIB. 
Une situation, a martelé le commissaire letton.

Chauffage différencié

Sans nier cet enjeu, et en rappelant l’importance de distinguer « sérieux budgétaire et austérité », le commissaire français, Pierre Moscovici, a aussi tenu à mettre l’accent sur les « marges de manoeuvre considérables » dont disposent certains Etats, en particulier l’Allemagne et les Pays-Bas,
deux pays qui ont commencé à desserrer la vis budgétaire

, mais dans des proportions jugées insuffisantes par Bruxelles. Pointant leurs « excédents absolument gigantesques », Pierre Moscovici a résumé la situation : « S’il se mettait à faire un peu froid, il faudrait allumer le chauffage… mais pas dans toutes les pièces. »

Face à cette nette décorrélation des finances publiques nationales en Europe, le Français a donc profité de sa dernière intervention devant la presse pour appeler 
la prochaine Commission européenne

à oser s’atteler au grand tabou de la refonte des règles qui régissent la surveillance budgétaire en Europe. Après avoir vanté les mérites de la « flexibilité » qu’il a mise en oeuvre à son poste, il a estimé qu’il était « temps, sans doute, de simplifier les règles du pacte de stabilité et de croissance, de les rendre plus lisibles, moins complexes et moins pro-cycliques ».

Défi majeur

« Il y a un dossier dont je ne me satisfais pas du tout au cours des cinq dernières années : c’est celui de la réforme de l’architecture de l’Union économique et monétaire, dont les Etats-membres n’ont pas voulu s’emparer », a expliqué le Commissaire qui voit là « un défi majeur pour la prochaine commission ». « Mieux vaudrait l’anticiper plutôt que de devoir l’affronter en temps de crise. »



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