Avec son appli mobile, le gouvernement met la formation continue à la portée de tous



Près de cinquante ans après la loi Delors qui en avait posé les fondations, le monde de la formation professionnelle s’apprête à vivre un changement majeur, bien dans l’air du temps. Le chef du gouvernement, Edouard Philippe, et la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, lancent ce jeudi en grande pompe l’application « Mon Compte formation » qu’ils n’hésitent pas à présenter comme un nouveau service public. Sélectionner une formation, s’inscrire et payer en une dizaine de clics :
c’est ce que 25 millions de salariés ou chômeurs vont pouvoir faire librement

en puisant dans leurs euros attachés à ce droit financé par les entreprises.

Pour qui connaît l’organisation historique de la formation professionnelle – source de bien des critiques nourries par les inégalités d’accès à la formation selon qu’on soit ouvrier ou cadre ou qu’on travaille dans une TPE ou un grand groupe -, c’est une révolution. En tout cas l’aboutissement d’un mouvement lancé en 2004 avec le droit individuel à la formation (DIF) consistant à doter chaque actif d’un droit à la formation tout au long de sa vie sans avoir à demander l’accord de son employeur, d’un organisme paritaire ou de Pôle emploi (pour des questions réglementaires, les fonctionnaires, eux, doivent encore demander une autorisation hiérarchique).

La mère de toutes les réformes

Au ministère du Travail, on n’hésite pas à dire qu’il s’agit de la mère de toutes les réformes engagées depuis 2017. 
Une réforme

plus importante que celles 
du Code du travail

ou de 
l’assurance-chômage

. Muriel Pénicaud le répète à l’envi : ce qui déterminera la place de la France dans les décennies à venir sera le niveau de compétences des Français, bien plus que le coût du travail, la fiscalité ou la législation. A cela s’ajoute un parti pris assumé : nul n’est mieux placé que l’individu pour savoir comment orienter sa carrière.

Né en 2015, le compte personnel de formation (CPF) était sur la sellette depuis l’élection d’Emmanuel Macron dans sa forme originelle, c’est-à-dire à la main des partenaires sociaux. Le coup de grâce a été donné avec la décision, effective depuis le 1er janvier, de 
créditer le CPF en euros et non plus en heures

. Avec un compte en heures, il faut passer par un intermédiaire pour assurer la conversion et payer le formateur. En euros, plus besoin d’intermédiaire, pour la plus grande joie des prestataires qui attendent cela depuis… un quart de siècle. A l’inverse, syndicats (surtout) et patronat (un peu moins) font grise mine. Ils critiquent cette libéralisation qui va laisser chacun seul face au marché. Et c’est un des piliers historiques du paritarisme qui s’effondre.

Coût moyen : 1.400 euros

Concrètement, chaque compte est crédité de 500 euros par an, avec un plafond de 5.000 euros (deux seuils relevés à 800 et 8.000 euros pour les personnes faiblement qualifiées ou handicapées). Selon le ministère du Travail, l’application comporte 100.000 sessions de formation donnant accès à plus d’un millier de diplômes (seuls les formations certifiantes sont éligibles, permis de conduire et bilan de compétences en plus, dispensées par des organismes certifiés). Coût moyen : 1.400 euros, soit 400 euros de plus que le montant moyen disponible à ce stade des 25 millions de comptes alimentés.

On a testé l’appli du gouvernement pour choisir sa formation

Le gouvernement table sur 1 million de formations via l’application, en 2020, soit en un an la moitié de celles qui ont été suivies en près de cinq ans avec le CPF ancienne mouture. 
L’agence France compétences

, qui décide de la répartition des cotisations formations des entreprises, a affecté 1 milliard pour cela, hors abondements. Entreprise, branches professionnelles, fondations, régions… n’importe qui peut ajouter au pot. Ce sera l’une des clefs de la réussite de l’application, même s’il faut attendre la deuxième version au printemps prochain.

Alexandre Saubot, l’ex-président de la Fédération de la métallurgie (UIMM) et patron de l’entreprise Haulotte, ne croit guère que les employeurs vont s’en saisir par le biais d’accords collectifs, pas plus que les branches. C’est pourtant ce que Syntec numérique a décidé de faire : la branche du numérique abondera sans limite les CPF de quiconque suivra huit de ses formations, correspondant à des métiers particulièrement recherchés, comme administrateur de bases de données par exemple.



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