Le pays au bord de l’clatement ?



Le mépris affiché par Macron pour les corps intermédiaires aura été en partie à l’origine de l’explosion sociale des Gilets Jaunes pour qui il ne restait plus que la rue pour exprimer leur colère. Cet épisode, pas totalement terminé, aura provoqué un chamboulement dans les rapports sociaux en France et les commentateurs et autres politosociologues qui se sont échinés à discréditer un mouvement « qui n’a jamais voulu se structurer », n’en ont toujours pas compris les ressorts et pour cause : Vouloir parler au nom d’un groupe aujourd’hui relève de la mission impossible, tant le malaise est grand et la soif de changements importante.

On ne parle plus de revendications, mais de « malaises profonds »

Le « tous ensemble » et la promesse du « grand soir » ne font plus recette, et on assiste à des revendications catégorielles portées par un état des lieux sans concession de la situation dans divers secteurs de la société avec, en prime, les risques que cela engendre sur l’altération de la santé de ceux qui sont concernés, voire les suicides qui s’ensuivent.

Les motivations d’un passage à l’acte sont souvent multifactorielles et indépendamment du contexte syndical ou professionnel. On peut également trouver des situations familiales ou financières précaires, l’idéalisation exacerbée et forcément déçue d’un engagement, ou bien encore la présence de troubles psychiques non diagnostiqués. Parler au nom des morts et instrumentaliser leur geste est cependant un exercice courant mais néanmoins très difficile pour ceux qui s’y livrent et sujet à caution.

C’est le cas des agriculteurs avec leur fameux « agribashing », trouvaille de communication de la FNSEA destinée à faire pleurer dans les chaumières et faire oublier les dossiers du productivisme et de l’environnement et la question des algues vertes ou de la transition vers le bio. C’est le cas des forces de l’ordre à qui on peut concéder que leur commandement défaillant a pu causer des dégâts dans leurs rangs, sans oublier cependant que la « violence légitime » (ce bel oxymore dont ils se prévalent) a causé également des dégâts moraux et physiques irréparables dans les rangs des manifestants. C’est aussi le cas des Maires dont on nous décrit la déprime parce qu’ils n’ont pas voulu intégrer le virage de l’intercommunalité qui a leurs yeux est synonyme de dépossession de pouvoirs, alors qu’elle est aussi un cadre aux errements financiers, aux investissements justifiés par le désir de gloire et de réélection et la fin programmée d’un système clientéliste de financement croisés.

Ce combat, mené au nom de leurs morts ou de la violence dont ils font l’objet, n’est pas le bon et la plainte que cela génère, fait oublier l’essentiel qui est la défense d’un modèle, le manque de moyens, le manque de sens aux missions exercées et souvent la défense d’un modèle de référence ou contesté ou bien encore les méfaits de la mondialisation et du néolibéralisme qui imposent de ne voir qu’une seule tête.

Plusieurs franges de la société sont concernées. Elles sont tentées de mettre en avant leurs « martyrs ». Elles ne recevront de la part du gouvernement qu’une réponse axée sur la détection des troubles psychosociaux, l’installation de plateformes d’écoute, un peu de « calinothérapie » et la création d’un « fonds social » sans que rien ne change sur le fond, rigueur budgétaire oblige. Seule la ligne budgétaire à ne pas franchir trouve grâce aux yeux de nos brillants technocrates qui se repaissent de tableurs désincarnés.

Les mouvements sociaux se cherchent, mais pas sûr qu’ils aient trouvé la martingale. C’est davantage la multiplication des mécontentements, voire la résurgence relative du mouvement des gilets jaunes, incontrôlable par nature mais noyauté et discrédité par les extrêmes, qui peut inquiéter le gouvernement à la veille du mouvement du 5 décembre contre la réforme des retraites.

Les revendications touchent toutes les couches de la société

A celles qui déplorent des morts dans leurs rangs, il faut ajouter la grève emblématique des urgences et des hôpitaux publics dont on persiste à n’augmenter chaque année les budgets que de la moitié de ce qui serait nécessaire, compte tenu de l’accroissement de la population concernée et qui sont le réceptacle final des maux de notre société : vieillissement de la population ou bien accroissement des admissions aux urgences en raison du désengagement de la médecine de ville.

Parlons aussi du désengagement de l’Etat dans les quartiers sensibles (fermeture de services publics de proximité, moyens inadaptés pour les écoles…) et désormais dans les secteurs ruraux, ce qui ajoute de nouveaux « territoires perdus de la République » à la liste, là où au contraire il faudrait davantage de moyens. N’oublions pas que la révolte des gilets jaunes part de là.

Corollaire de ce qui précède, les services de secours ou l’hôpital public s’éloignent petit à petit des populations concernées et se trouvent confrontées parfois à des attitudes agressives. On notera à cet effet le summum de la bêtise gouvernementale qui a consisté à faire charger par les forces de l’ordre la manifestation parisienne des pompiers : encore un lien bêtement distendu.

La liste est longue et on pourrait également parler de la suppression massive d’agents prévue au Ministère de l’écologie, ce qui démontre s’il en était besoin le double langage gouvernemental ou bien les lacunes organisées dans le contrôle des établissements classés Seveso comme Lubrizol à Rouen et aussi des salaires de misères des aides à la personne.

Nous ne faisons plus « société » comme disent les sociologues

Finie la convergence et place à la coagulation éventuelle des luttes. Ce changement sémantique montre bien le point de rupture où nous sommes arrivés. La convergence des luttes s’attachait à aboutir au but ultime qui était celle du « grand soir ». La coagulation des luttes, déjà observable, se constatera dans la rue. Le mouvement des gilets jaunes en est la meilleure expression.

C’est pourquoi le gouvernement et les commentateurs aux ordres s’évertuent à le discréditer par tous les moyens, les premiers par la brutalité, les seconds en ânonnant les mantras du libéralisme et en rappelant chaque jour les dégâts causés à l’économie : taisez-vous et restez chez vous, c’est tout ce qu’on vous demande. Le mépris, toujours le mépris pour les oubliés de la croissance, ceux qui habitent loin des métropoles et qui, comme disait Griveaux, « fument des clopes et roulent au diesel ».

Et ce n’est pas la succession de shows présidentiels dans les campagnes devant les Maires soudainement requinqués parce qu’on fait mine de les considérer alors qu’on leur demande simplement de faire le sale boulot, avec moins de moyens, qui vont transformer la citrouille gouvernementale en carrosse doré.

A segmentation des luttes, réponses individualisées en trompe l’œil

Les perroquets médiatiques font le boulot et nous rappelle « l’effort gouvernemental sans précédent » de 17 Milliards en faveur du pouvoir d’achat des classes moyennes (les classes favorisées ayant déjà été servies par la fin de l’ISF et les entreprises par les 22 Milliards du CICE, sans qu’aucun « ruissellement » n’ait pu être observé), sauf que ces 17 milliards ne sont qu’un formidable jeu de trompe couillon.

Tout d’abord, « redonner du pouvoir d’achat aux français », comme le clame le gouvernement ne consiste pas à baisser leurs cotisations sociales, à leur accorder une prime ou des heures supplémentaires désocialisées et défiscalisées ou à supprimer la taxe d’habitation, sachant que la baisse des recettes qui s’ensuivra grèvera les budgets de la Sécu, les caisses de retraite ou les budgets des collectivités territoriales : devinez qui paiera en bout de course ?

De plus le pouvoir d’achat se mesure une fois les factures et charges fixes payées. Il faut bien remarquer qu’entre la loi Egalim qui permet à la grande distribution d’augmenter ses prix, l’augmentation de la taxe foncière (grâce à un tour de passe-passe sur les valeurs locatives), l’augmentation des mutuelles pour payer les promesses de Macron ou encore l’augmentation du Kwh de gaz de 12.5 % entre deux périodes de chauffe, le « reste à vivre », même après les « cadeaux » de 17 Milliards aux français, se trouve sérieusement écorné.

La hausse de la CSG pour les retraités puis sa suppression pour les moins favorisés montre l’improvisation gouvernementale et la gouvernance froide, à coup de tableurs.

Dernière trouvaille : la baisse de l’impôt sur le revenu qui reviendra, pour certains retraités, à diminuer l’impôt à hauteur de la CSG versée ! Il s’agit là d’un transfert à visée uniquement électoraliste qui, tout en accroissant les recettes des budgets sociaux et donc en masquant les effets des baisses de cotisations sociales, organisera un peu plus la faillite de l’Etat et justifiera, s’il en était besoin, la fermeture de services publics, la diminution du nombre de fonctionnaires à l’environnement ou encore la vente des bijoux de famille (ADP, la FDJ) pour colmater simplement les déficits, sans même parler d’améliorer le quotidien des français.

 

Voici donc un état des lieux de notre pays à la veille d’un mouvement social contre la réforme des retraites qui pourrait éventuellement se transformer en quelque chose de plus large, si chacun prend conscience de cette formidable escroquerie intellectuelle, encore jamais vue sous la cinquième République, qui consiste à donner le pouvoir à des professionnels lobotomisés de la calculette, dépourvus d’affects, totalement soumis aux dogmes du libéralisme et de la mondialisation. 

 





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