Le monde ne va pas s’effondrer, mais où sont les sages ?


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 Non, le monde ne va pas s’effondrer, la planète ne va pas se venger, les océans ne vont pas déborder et le climat ne va pas nous déloger. Les causes du déclin ou de la fin des civilisations ne sont pas d’ordre économique ni politique ni climatique. Si effondrement il y eut par le passé, c’est un effondrement psychique, liée à la vie des âmes, et aux répercussions sur les sociétés, âmes déprimées, habitées par l’acédie, le nihilisme, le dégoût de vivre et les passions tristes, la vengeance. Nous n’en sommes pas encore là.

 

 Les sociétés comme la nôtre et bien d’autres sont capables de gérer les situations problématiques ou périlleuses. A chaque tempête des dizaines de milliers de foyers sont privés d’électricité et pourtant le courant revient les jours suivant grâce au professionnalisme des techniciens de l’énergie. Les routes effondrées sont remis en état sous quelques jours, voire semaine. La médecine soigne et répare les accidents de la vie. La production économique se poursuit, ne faiblit pas même si la croissance est très modeste. Et s’il en ainsi, c’est parce que l’Europe est dans un scénario à japonaise de type « décennie perdue ». D’ailleurs, le Japon dévasté par le tsunami et la centrale détruite à Fukushima a su relever la tête, organisant le mondial de rugby à peine troublé par un monstrueux typhon. Les marchands de peur nous font croire que tout va mal et que le monde va s’effondrer, or la lecture correcte des événements nous indique que les sociétés résistent et même si tout ne va pas rien, rien ne va vraiment mal !

 

 Le miracle technologique a réussi à produire des solutions pour améliorer le quotidien des gens et réparer ce que la technique altère. Pour réduire les inégalités sociales les outils ne manquent pas. La sécurité sur le territoire est assurée et nous sommes quand même mieux lotis que sous l’Occupation. Le problème des migrants a lui aussi ses solutions, alors que la question centrale est celle de la démographie. Personne n’aborde ce sujet politiquement sensible et pourtant tangible. Pour les déchets, il existe aussi des solutions. Et plus généralement, toutes les solutions ont un coût et doivent être budgétisées. Au final, les sociétés résistent malgré les accidents et toutes ces vies abîmées, fracassées. Mais ne feignons pas de découvrir un scoop. La vie n’a jamais été facile, ni équitable. Toute activité suppose des effets collatéraux indésirables. L’automobile tue encore plus de 3000 âmes par an, sans compter les blessés, certains handicapés à vie. L’électricité tue parfois, même les chanteurs lorsqu’ils sont dans leur baignoire.

 

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 Vivons-nous mieux qu’avant ? Honnêtement, la réponse est oui ! Et sommes-nous heureux ? Là c’est plus contrasté. Le bonheur n’est pas quelque chose que la société peut apporter en le maîtrisant puis le diffusant. Le bonheur vient de quelque part et s’en va nulle part. N’accédant pas au bonheur et à la sérénité, beaucoup font la chasse aux biens matériels et finissent par se laisser gagner par les ressentiments liés au narcissisme et au désir mimétique. Les inégalités sont aussi un facteur de mécontentement. Elles sont dues aux tyrans dans les dictatures et à l’esprit bourgeois dans les démocraties. Les sociétés se divisent sur plusieurs axes.

 

 Division entre le pouvoir et les populations assortie de frondes sociales : Bolivie, Chili, Hong Kong, Algérie, Liban, et même en France avec les gilets jaunes.

 

 Divisions communautaires dans nombre de pays. Les gens ne s’aiment plus et finissent par se détester. On s’en prend au voile, d’autres aux lois républicaines, les jeunes s’affolent sur le climat et accusent les anciens, les végans attaquent les boucheries, les puritains de l’écologie s’en prennent aux agriculteurs, les parties politiques se font la guerre sous forme de polémiques sur les plateaux et les réseaux où mêmes les intellos s’envoient des noms d’oiseaux. Les pages du livre de François Hollande ont été déchirées par des étudiants venus venger leur camarade immolé. Les concerts de Bertrand Cantat sont annulé, comme du reste une conférence de Sylvianne Agacinski sur la bioéthique ou encore les projections du dernier Polanski. L’intolérance se répand, pénalisant des tas de gens travaillant sur un projet et qui n’ont rien à voir avec le passé d’une personnalité. Drôle d’époque.

 

 Crises et divisions politiques, idéologiques ; aux Etats-Unis avec le clivant Trump et le non moins clivant Bolsonaro. En Argentine, la crise a remis sur le devant de la scène le péronisme. En Europe, plusieurs pays et pas des moindres ont des soucis de gouvernance. Royaume-Uni au bord de la rupture, Italie et sa majorité bancale, Espagne sans majorité, Allemagne en plein doute. La France était divisée pacifiquement entre droite et gauche, gouvernée comme les tourbillons d’un fleuve tranquille grâce à l’alternance. En 2020, la France devient clivée entre Macron face à la première mouvance d’opposition incarnée par Marine le Pen et une galaxie faite des insoumis, des fascistes de gauche habitées par un nihilisme que l’on croyait presque éteint depuis la fin de la guerre.

 

 Malgré ce portait inquiétant la configuration ne ressemble pas aux années 30. En revanche, la dynamique de division nous reconduit aux années 30. Et même à d’autres époques. Un pays divisé finit par être dirigé par un pouvoir autoritaire. L’Ancien Régime a été remplacé par la Terreur, le Concordat et l’Empire. La Russie tsariste était socialement fragmentée, elle fut remplacée par la révolution bolchévique puis la dictature stalinienne. La république de Weimar était elle aussi divisée en mouvances, idéologies et traversée par la crise socio-économique ; le nazisme a pris en main les choses.

 

 Cette atmosphère de division doit nous inciter à être vigilant. Les sociétés risquent de plonger lentement mais sûrement vers des options autoritaires. Mais l’instruction, le partage et l’ascension de nouvelles élites spirituelles sont capables de tirer la société vers le mieux à défaut de viser le meilleur. Les sociétés ont besoin de sagesse et de la subtile connaissance des sages. Hélas, d’habiles manipulateurs jouent sur les peurs et tirent la société vers le bas ce qui leur permet de tirer leur épingle du jeu. Hermann Broch les désignaient comme joueur démoniaques.

 

 Que de changements. La situation actuelle est mondiale mais les mouvements de ressemblent en rien aux années 1930 ni du reste à 1960 qui a vu se dessiner un mouvement d’émancipation ayant gagné la jeunesse du monde entier, sauf les pays autoritaires, Chine, bloc soviétique, etc. Nous étions à une époque d’utopies, d’espérances, de progrès et d’illusions. Le mouvement à l’approche des années 2020 n’a rien de joyeux, festif, positif. Ce sont les passions tristes, les colères, les ressentiments qui s’expriment sur la planète, sans oublier les dystopies qui ont remplacé les utopies. Ce mouvement est mondial.

 

 « Où sont les femmes » chantait Patrick Juvet pour célébrer la fin de la parenthèse enchantée. « Où sont les sages » pourrait-on entonner pour mettre fin à la parenthèse désenchantée.

 





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