France, écoute cette haine qui monte


C’était il y a quatre ans. Pour certains, une éternité. Pour d’autres, parents de victimes ou victimes elles-mêmes, c’était hier. La douleur, toujours présente, marquée par l’absence ou la blessure. Ce 13 novembre 2015, le terrorisme islamique frappa au cœur de la capitale des droits de l’homme, distillant, à travers le sang et les larmes, son lent poison, celui de la haine.

La logique de la terreur, il est toujours bon de le rappeler, n’est pas seulement de tuer aveuglément, de terroriser les populations, mais bien de faire infuser peur, rejet de l’autre, repli sur soi, jusqu’au chaos. Ce venin est comme une bombe à mèche lente. Or, c’est exactement ce que notre pays traverse aujourd’hui, une crise sociale et morale qui, certes, n’a pas pour simple origine les calculs mortifères des fous de Dieu, mais qui porte en elle ce terrible danger.

Epoque dangereuse

La haine de l’autre ? La fin des débats respectueux où notre interlocuteur n’est pas forcément un ennemi à abattre ? Nous y sommes. Les signes avant-coureurs d’un climat malsain, où le dialogue apparaît comme une pratique antédiluvienne, sont désormais devant nos yeux. Ils sont protéiformes : l’interdiction de s’exprimer de François Hollande à l’université de Lille par une poignée d’étudiants extrémistes. La censure exercée par quelques féministes radicales lors de l’avant-première du film de Roman Polanski, « J’accuse », à Paris. Le détournement de l’étoile jaune à la manifestation contre l’islamophobie, avec, en corollaire, les débats hystériques et vengeurs qui ont suivi, dans tous les camps. L’intrusion au sein du ministère de l’Enseignement supérieur de militants étudiants réclamant un salaire pour étudiants…

Epoque dangereuse car, dans cette grande confusion idéologique, toutes les dérives irrationnelles s’expriment à tous vents. Elles flirtent souvent avec l’absurde. Exemple : ces animalistes devenus fous qui demandent à des scientifiques d’intervenir génétiquement sur les lions pour qu’ils deviennent herbivores et qu’ils laissent les antilopes brouter en paix. L’exemple est grotesque ? Il est la marque d’un dérèglement inquiétant. Pas seulement climatique.

Macron, un arbitre déboussolé

A grands pas, nous nous éloignons du monde de la raison, laissant le pouvoir aux seules émotions, à nos pires penchants. Epoque pré-révolutionnaire ? Pour reprendre une comparaison sportive, de football ou de rugby, on pourrait dire que les deux équipes sur le terrain – je vous laisse le soin de les nommer – ont abandonné tout esprit de fair-play et se livrent à une bagarre générale sans retenue. Mais que fait l’arbitre, en l’occurrence le pouvoir exécutif ? Comme toujours, en période de tension extrême, il est dépassé par les événements. Son sifflet est inaudible, couvert par les vociférations des acteurs. Il n’a, pour l’heure, qu’un souci véritable : sortir du terrain vivant, regagner les vestiaires au plus vite. Et échapper à cette colère aux mille têtes.

C’est un peu le sentiment que donne l’Elysée en ce moment. Le président Macron est un arbitre déboussolé, observant cette France qui lui échappe, témoin quasi impuissant face à cette haine qui monte inexorablement. Comment arrêter cette vague chargée de ressentiments et de peur de l’avenir, et endiguer tous les extrémismes, qu’ils soient islamistes ou fascistes ? François Hollande, en fonction lors des attentats du 13-Novembre, avait tenté de jouer la carte de la bienveillance. Emmanuel Macron s’était, un temps, essayé au coup de menton napoléonien, pour se résoudre, aujourd’hui, à une posture plus « force tranquille ». Sans plus de succès. Contre le poison de la haine, quel antidote choisir ? Peut-être un peu de justice sociale ?





FranceTVinfo

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