Aprs la Guerre froide : la Guerre chaude


Voilà 30 ans que chutait le mur de Berlin, symbole fort, après l’ouverture du rideau de fer en Hongrie. Cela n’empêche pas certaines de nos élites de se croire toujours au temps de la Guerre froide, comme je l’exemplifiais dans un précédent article. Cette époque est révolue, même si une tension géopolitique est toujours en cours, pour des raisons hégémoniques internationales, dans un monde devenu multipolaire …

… monde multipolaire : entre déclin de l’american way of life malgré l’américanisme toujours courant en Europe occidentale depuis le plan Marshall (après la guerre civile européenne), entre poutinisation de la Russie, entre modernisation totalitaire de la Chine (banque mondiale pour ainsi dire), entre indianisation des services, et autre industrialisation du Brésil surtout réputé pour ses flambées de bois amazonien …

… mais enfin, rien qu’avec cette multipolarisation, nous pourrions dire que « c’est chaud », comme en époque de Guerre chaude.



Extrait de 100 000 dollars au soleil, de Henri Verneuil (1964)

 

 

L’écologisme, au-delà de la géopolitique

Au-delà de ce premier point planétaire en chapeau d’article, nous ne nous étonnerons certainement pas que le deuxième point, médiatiquement essentiel, soit celui du climato-alarmisme, ou climato-catastrophisme, ou encore du climato-déclinisme, et que sais-je. Si bien entendu, la question de l’activité humaine pose question, elle la posa depuis les premiers antimodernes, lors de la révolution industrielle. Et pourtant, il faut aussi y lire beaucoup de vanité prétentieuse.

L’anthropocène est probablement une réalité, dans la mesure où l’espèce humaine est super-prédatrice sur Terre. Reste que la nature n’est pas une mère bienveillante, il n’y a pas d’âge édenique de l’espèce humaine, qui dut toujours travailler (au sens de Karl Marx et d’Hannah Arendt, c’est-à-dire glâner des ressources, transformer, aménager, survivre). Nous vivons, bon an mal an, l’âge de l’artificialisation du monde et du monde artificiel – voire artificieux, passons. Il ne le sera probablement jamais comme dans les fantaisies cyberpunk (en lien, la dernière sur-médiatisée en date) d’autant plus que nous vivons dans un monde fini, et encore qu’on rêve une difficile colonisation interplanétaire pour continuer comme en quarante.

Mais enfin, avec tout le bassinage médiatique en faveur du complotisme climatique … jusqu’à l’éventuel fanatisme de l’écologie profonde … il appert symptomatiquement qu’une Guerre chaude soit en cours. Depuis les années 70, même si bien des prédictions millénaristes d’époque n’ont toujours pas eu lieu … un certain esprit urgentiste, imminentiste, alarmiste donc, catastrophiste et décliniste, stress-panique les masses pour de bonnes et de mauvaises raisons … notoirement mauvaises avec l’écosocialisme et le capitalisme vert, tous deux des productivismes cherchant à se « recycler » dans leurs affaires. Néanmoins, le militantisme et le lobbyisme sont bels et bien des combattants de la Guerre chaude écologistique globale, aussi !

 

L’Afrique maghrébine et subsaharienne, ainsi que la Nouvelle Mésopotamie de la Turquie à l’Inde en passant par le Yemen

La chaleur, ici, existe au propre comme au figuré, et recoupe partiellement la géopolitique de la multipolarisation. Néanmoins, on ne peut pas dire pour le moment, que l’Afrique et la Nouvelle Mésopotamie en soient les bénéficiaires, en dehors de la péninsule arabique des élites et des touristes. C’est qu’au plan populaire, les populismes sémitiques (des populations sémitiques, islamiques ou autres) … les populismes sémitiques vont bon train, et se nourrissent de ressentiments anti-occidentalistes post-coloniaux, au point d’en avoir accouché du terrorisme djihadique et de Daesh. C’est chaud, car cela crée un climat – sans mauvais jeu de mot … – un climat délétère au sein des populations sémitiques elles-mêmes, premières victimes du terrorisme en question et, ce, jusqu’à l’Inde au moins, avec ses populations aryennes.

Chez « les Occidentaux » (« les Occidentaux », c’est comme « les femmes », « les populistes » et « les musulmans » : ça n’existe pas comme un Tout absolu – il faut tout déconstruire sans préjugés-limites) … chez « les Occidentaux », des populismes (pas tous) se défient logiquement de l’islam, tandis que des élitismes (pas tous) se défient des populismes occidentaux … parfois plus que des dérives populistes sémitiques voire du terrorisme djihadiste … bien que, dans l’ensemble, la croyance en l’universalisme enjoigne à critiquer les communautarismes, terreaux du terrorisme, hélas sans sentiment de contradiction avec le pro-immigrationnisme aveugle ni le multiculturalisme universalistes … C’est que les pays à caractères démocratiques libéraux, sont des pays qui laissent se développer toutes les complexités idéologiques, sociales, culturelles, en leur sein, parfois sans sentiment de contradiction quand certains discours sont ostracisés jusqu’à légifération censureuse ! … Mais nous y reviendrons, quoique cela entretienne fatalement la Guerre chaude.

Pour nous en tenir à l’Afrique, nous savons qu’aujourd’hui elle est l’enjeu, sur les restes de la Françafrique, de tensions économiques particulières entre les USA et la Chine (ou plutôt, pour être exact : leurs investisseurs plus privés pour les USA, et plus publics pour la Chine) sachant hélas qu’après la colonisation, l’Etat ethniciste y fait rage jusqu’à malmener les populations noires entre elles, comme aux temps antiques et médiévaux où les Noirs s’esclavagisaient entre eux – jusqu’à se vendre pendant des siècles aux musulmans, et pour finir pendant trois siècles aux Blancs dans l’époque moderne : à croire que par excès de confiance en eux, ils se payèrent le luxe de se vendre au plus offrant, mais cela ne leur a pas porté chance … sans compter tout le passif des rapts musulmans, ni de la colonisation. Ressentiments contemporains : Guerre chaude.

Pour nous en tenir à la Nouvelle Mésopotamie et sa connexion maghrébine, on voit bien que le conflit israélo-palestinien n’arrête pas de s’exporter partout dans le monde, entre autres à cause du terrorisme. Mais il y a aussi le génocide kurde, le massacre progressif des chrétiens, etc. certes en partie lié à la géostratégie de sabotage financier pratiquée par l’Amérique du Nord (le Canada, au fond, est un protectorat Etasunien), l’Europe et le Russie notoirement. C’est, comme déjà dit, de ressentiments populistes sémitiques là-bas. Guerre chaude.

Dans l’ensemble, bien que le suprémacisme euro-américain y soit historiquement pour quelque chose, surtout dans les deux siècles récents, il ne faut pas se leurrer : les acteurs contemporains plus ou moins locaux, des tensions, et quoique plus ou moins jouets des services d’espionnage, de contre-espionnage et autres croyances, idéologies et militances, y sont pour beaucoup. Sans elles, les services d’espionnage et de contre-espionnage n’arriveraient jamais à faire prendre des pâtes crédules, idéologiques et militantes : les leviers sont toujours disponibles. Car réalisez bien que si des mobilisé(e)s ne prenaient jamais cela à leur compte, le soufflé retomberait aussitôt.

Bref : « les Occidentaux », ça n’existe pas, c’est un épouvantail qu’on plante régulièrement pour faire croire au croquemitaine, au père-fouettard et à l’ankou, et de toutes façons entre « les Occidentaux » ce sont fatalement les responsables politiques et les irresponsables économiques, qui sont les influenceurs. Tout comme les responsables politiques et les irresponsables économiques africains et néo-mésopotamiens ! … Guerre chaude, car on s’y sert chaleureusement des poignées de main en public, affairistes en privé.

Rien de tel qu’un bon traité commercial ?

 

Là où la Guerre chaude fait intimement rage

Mais là où la Guerre chaude fait intimement rage, c’est dans les têtes, et pas n’importe quelles têtes, puisqu’il s’agit essentiellement des têtes médiatisées et mondialisées du monde informatique des réseaux en temps réel. Tou(te)s (dif)fusent tant leurs escomptes que l’impatience règne, que les frustrations s’exacerbent, et que même des psychotiques profonds – ce qui s’appelle des psychotiques, au sens psychiatrique du terme – peuvent s’exprimer librement comme n’importe quel quidam … quidam qui – quant à lui ou elle – n’a de loin pas toujours de brillantes idées en dehors de ses passions au sens philosophique du terme, c’est-à-dire en dehors de ce dont il est le passif et obscur jouet. Entre ses idées, ses envies, ses coups de génie parfois, ses lubies aussi, voire ses bons gros délires bien gras, il se fait qu’une Guerre chaude a lieu, jusqu’aux lois « contre la haine » qui elles-mêmes ne sont pas la solution.

Cette Guerre chaude est une guerre soiïste (soi-iste) : un mot un peu difficile à prononcer et à écrire, mais qui dit très bien ce dont il retourne. Les macronistes, à ce titre, sont à l’image de tous « les Occidentaux », eux qui se prétendent tant au-dessus de la mêlée.

Le concepteur du soiïsme, le psychologue Jean-Léon Beauvois, explique :

Les évolutions récentes ont produit dans la population une forme d’individualisme à ce point dégradée, coupée de ses racines libératrices et propice aux influences et manipulations de toutes sortes qu’il vaut mieux faire appel à un autre concept : le soïïsme, forme frimeuse et châtrée de l’individualisme.

La personne est un concept complet, juridique, moral, biologique, social et psychologique, alors que le soi n’est, lui, « que psychologique ». Il n’est même qu’une partie de la personne psychologique qui lui permet de se représenter la façon dont elle peut se voir et, surtout, de se présenter à autrui.

Résultat : si l’individualiste prônait le droit des personnes à se défendre contre les atteintes totalitaires à leurs droits à la liberté individuelle, le soïïste revendique individuellement celui de disposer d’un soi étincelant. Ou comment mieux ouvrir la porte aux tentations de la société de consommation, délivrant ici et là des produits supposés aider à « être soi-même »… et à rester aveugle sur les véritables marges de manœuvre dont nous disposons.

La menace nous exposerait également aux harceleurs de toutes sortes, auxquels nous aurions « vendu » le droit de définir qui nous sommes et ce que nous valons. Si ce « soïïste » n’est que théorique, caricaturé par le psychologue, ces penchants seraient susceptibles de nous concerner tous.

A mettre en relation avec la notion de perversion narcissque (pour ceux qui voudraient y réfléchir, il y a des topics sur des forums, par exemple là – fil à suivre). Mais cette Guerre chaude a lieu jusque chez soi, justement dans la chaleur du foyer « grâce au miracle d’Internet », dans nos homes sweet homes, alors que nous faisons – comme disent les marketers, – du cocooning et du housing. Tout cela nous rend susceptibles au possible, alors que nous ne voulons pas supporter les incursions d’autrui que nous autorisons pourtant, dès lors que nous ouvrons notre navigateur Internet.

Internet, comme la télévision en son temps, mais augmentée, c’est « le monde chez soi », or ça fait peut-être un peu beaucoup trop de tensions pour notre malheureux chez-soi, que dès lors nous nous échinons à protéger inconsciemment comme des dingues. Mais attention : ceci ne signifie pas que l’invasivité est illusoire, puisque, de fait, dans le champ des représentations sociales, tout cela influe profondément dans une mesure que nous ne soupçonnons pas toujours, et peut-être pas encore totalement, si seulement cette totalité est pensable.

A la fin, donc, nous accueillons tous volontairement le géostratégisme, le climatisme, l’économisme, le terrorisme, les soiïsmes d’autrui plus ou moins pervers, jusqu’en le lieu où nous devrions nous sentir bien – de la télévision à Internet. Comment nous sentirions-nous bien au dehors ? … Et c’est ainsi que les premiers internautes venus, soi-disants responsables, geignent que la politesse et l’entraide se perdent, mais qu’ils ratent toutes les occasions d’être polis et aidants qui se présentent concrètement dans leur vie « IRL » (in real life) comme sur Internet (trollings, méchancetés, humiliations, etc.).

 

 

Pendant ce temps, il y a un monde qui reste livré à lui-même, c’est-à-dire un être-politique handicapé – je veux dire un vivre-concitoyen mutilé, devenu citoyen con. Guerre chaude, encore Guerre chaude, toujours Guerre chaude.

Pitoyable guerre, en vérité, guerre du « vide quantique » – façon de parler.

 

 

 

Annexe – D’autres pensées de la « Guerre chaude », pas forcément liées :

* La plus éloignée, car chronologiquement inversée : De la guerre chaude à la guerre froide, 1942-1949
* La géostratégique, parallèle à celle présentée ici : La Guerre Chaude : la Guerre Froide n’est pas terminée
* L’écologiste, parallèle à celle présentée ici : Guerre pétrolière

Sachant que la notion de guerre chaude désigne en fait généralement une guerre ouverte, déclarée, contrairement à des guerres intestines de type guérillas ou par terrains interposés, comme pendant la Guerre froide.

 

 

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