Arras 2019 : Docteur ?


Docteur ?

France, 2019

Titre original : –

Réalisateur : Tristan Séguéla

Scénario : Tristan Séguéla & Jim Birmant

Acteurs : Michel Blanc, Hakim Jemili, Solène Rigot, Franck Gastambide

Distributeur : Apollo Films

Genre : Comédie de Noël

Durée : 1h30

Date de sortie : 11 décembre 2019

3/5

Les rues d’Arras, de Paris et des villes un peu partout en France scintillent d’ores et déjà des mille feux de Noël. Quand Docteur ?, présenté en avant-première à l’Arras Film Festival, sortira en salles d’ici quatre semaines, l’esprit des fêtes de fin d’année aura définitivement pris possession de la conscience collective … à moins que l’heure ne soit au grand gémissement national, causé par la grève des transports. Peu importe, vous aurez tort de vous priver de la comédie de Tristan Séguéla, qui ne vise certes pas le même degré de méchanceté que le mythique Bad Santa de Terry Zwigoff, mais qui contribue malicieusement à désenchanter cette période si artificiellement festive de l’année. Grâce à son dosage plutôt équilibré entre les bons sentiments, les vacheries et une vision vaguement idéaliste du métier de médecin, le troisième long-métrage de Tristan Séguéla, après les plus pubères 16 ans ou presque et Rattrapage, constitue un divertissement sans complexes, le placebo idéal avant la grosse indigestion des fêtes. Alors oui, les préjugés sociaux y vont bon train, avec ce médecin de garde alcoolique et cynique et son nouvel acolyte improbable, un auto-entrepreneur rebeu qui livre la choucroute en vélo de location. Mais à condition de n’y voir qu’une comédie populaire dépourvue d’arrière-pensées néfastes, vous devriez passer une bonne nuit de Noël en compagnie du docteur Mamou Mani et de son élève imposteur Malek.

Synopsis : Depuis la disparition de son fils, le soir du réveillon a toujours été une période difficile à passer pour Serge, médecin au bout du rouleau qui est le seul médecin de garde ce soir-là dans tout Paris. Alors que les interventions déplaisantes s’enchaînent, il fait un crochet chez Rose, l’ancienne copine de son fils, qui a elle aussi besoin d’un remontant. Peu de temps après, Serge reçoit un appel au secours de la part de Rose, qui a fait une overdose. Sur place, il croise le chemin du livreur de repas Malek, un jeune homme toujours prêt à rendre service. Puisqu’il préfère rester auprès de Rose jusqu’à l’arrivée des pompiers et qu’il n’a pas prévenu le standard de cette mission personnelle, Serge envoie Malek à son prochain rendez-vous. Ce n’est que le début d’une longue nuit rocambolesque …

Joyeux Noël ?

Cela nous fait toujours craindre le pire, quand un texte est posé en exergue d’un film, insistant sur la véracité des faits racontés. Dans le cas de Docteur ?, cet exercice fastidieux est au moins partiellement rendu plus malicieux par l’ajout que la confiance de l’équipe du film dans le corps médical n’a pourtant pas été ébranlée. Car de toute façon, le ton du film adopte d’emblée une couleur irrévérencieuse, à travers cette première séquence où l’examen médical d’un bébé se transforme rapidement en litanie de jérémiades de la part du médecin complètement blasé. Ce rôle en or pour Michel Blanc, un acteur jamais plus à l’aise que quand il peut exprimer la souffrance de la terre entière sur son visage fatigué, subit toutefois quelques modulations, au fur et à mesure que sa carapace de l’amertume suprême est craquelée par le charme désarmant de son confrère néophyte. Rien de trop schématique à constater dans ce transfert d’une vision plus positive de la vie, un dispositif dramatique quasiment aussi vieux que le cinéma et porté au sommet de l’engouement populaire en France par exemple par Intouchables de Eric Toledano et Olivier Nakache. Nous ne prédisons aucunement une carrière semblable à ce film-ci, à l’envergure plus modeste, quoique animé par une douce musique euphorisante qui dénote justement dans le cadre de la chape de plomb solennelle de Noël.

Uber mange du Vélib’

Ce sont pourtant moins les différentes façons de célébrer la naissance du Christ qui y sont passées en revue que les arrondissements parisiens et leurs habitants plus ou moins bien lotis. Néanmoins, la perspective sociale prend au mieux une place secondaire au sein du récit. La vocation principale de ce dernier reste d’explorer l’ensemble des cas de figure, en alternance cocasses et édifiants, que l’arrangement entre le médecin et son associés d’une nuit génère. Le tout sous la surveillance vocale de Chantal Lauby, la seule présence tant soit peu rassurante dans ce joyeux chaos de l’urgence permanente sans gravité. Car les autres personnages servent avant tout à mettre en lumière une complaisance typiquement française à l’égard des préjugés, particulièrement évidente, voire soulignée avec un humour plutôt redoutable par celui de Franck Gastambide, qui croise à plusieurs reprises le chemin de Malek, au fil de ses changements de casquette. La différence cruciale entre l’être et le paraître, à laquelle se brisent jusqu’à ce jour tant de projets de vie en France et ailleurs, y apparaît alors sur un ton enjoué, sans forcer le trait, grâce à une maîtrise parfaite de l’art de l’ellipse. A l’image de ce film, plaisant à regarder, dans l’air du temps et son état d’esprit défaitiste, contre lequel il monte une offensive assez ingénieuse en guise de remède au moins temporaire.

Conclusion

Il se peut que vous soyez déjà gavés de poncifs de Noël, une fois que Docteur ? aura débarqué dans les cinémas français. Passer à côté de cette comédie sans fausse prétention serait toutefois dommage, tellement Tristan Séguéla y a concocté un petit cocktail amusant de situations débridées. Michel Blanc y brille dans son emploi de prédilection, l’éternel insatisfait qui a pourtant le bonheur à portée de main, au risque d’éclipser le plus discret et étonnamment sobre humoriste Hakim Jemili dans son premier rôle sur grand écran.



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