Mois du Doc : 20e édition !


Le mois d’octobre a mis en valeur le cinéma d’animation. En novembre ce sera au tour du documentaire d’être célébré avec Le Mois du Doc. Cette manifestation s’articule autour de nombreux événements répartis dans toutes les régions, avec un répertoire riche de 1 450 films (voir liste ici), parfois présentés par certains des quelques 500 réalisateurs en tournée durant ces semaines intenses de projections, dans 1 350 villes en France et dans le monde. Plusieurs programmes thématiques seront proposés, dont un focus sur les trente ans de La chute du mur de Berlin ; une autour de «La fête» ; une sélection de six grands documentaires d’Arte dont trois de Rithy Panh (dont S21 et L’Image manquante), parfois présentés par son collaborateur James Burnet, ancien journaliste spécialiste du Cambodge ; un best-of subjectif de 20 films pour les 20 ans ; L’arbre et la forêt ; Les sentiers de l’architecture ou Le Mois du doc belge avec le Centre Wallonie-Bruxelles.

Les Vaches n’auront plus de nom (© Douk-Douk Productions )

Le festival s’est ouvert officiellement le 29 octobre au Centre Pompidou, principal lieu d’hébergement de la Cinémathèque du Documentaire tout au long de l’année, avec la présentation de Les Vaches n’auront plus de nom réalisé par Hubert Charuel, sorte de compagnon de route de son premier long-métrage de fiction, Petit paysan, commencé avant la sortie du futur lauréat du César du premier film, mais finalisé après. Il enregistre ses parents agriculteurs alors qu’ils s’apprêtent à achever leur vie professionnelle. Avec humour et tendresse, il capte les derniers instants de la ferme que ses parents auraient aimé le voir reprendre, sans (trop) le culpabiliser sur son choix de vie différent, le cinéma. Et s’il ne poursuit pas leur activité, que sa mère s’apprête à abandonner à contre cœur alors que son père apparaît soulagé de goûter à autre chose, il fait d’eux des héros de cinéma attachants et les rend, au moins un peu, immortels. La sensibilité du cinéaste déjà apparente en fiction se retrouve ici et les ponts entre ces deux films est frappant, dans la représentation d’un métier et certaines séquences : l »ouverture onirique avec Swann Arlaud prenant son café dans son salon, entouré de vaches, est par exemple là au détour d’une phrase de sa mère…

Depuis un peu plus d’un an et demi, la Cinémathèque du documentaire aide à améliorer la visibilité de ce genre cinématographique en pleine expansion et accompagne cette manifestation organisée par Images en Bibliothèques, association missionnée pour coordonner le réseau national destiné à promouvoir ce genre cinématographique en essor, dont les succès en salles restent trop rares malgré la richesse des propositions en thèmes et en styles. Ce que va clairement refléter cet événement d’importance.

Il est difficile de tout citer, le programme détaillé est à retrouver sur le site officiel du Mois du Doc mais critique-film va vous accompagner autour de certains événements lors de ces prochaines semaines, officiellement inclus dans la programmation ou existant en parallèle, preuve de l’engagement des professionnels de la distribution et de l’exploitation pour leur diffusion en salles.

À ne pas manquer ce week-end à Paris, samedi et dimanche 9 et 10 novembre, les Étoiles de la SCAM au Forum des Images, avec le meilleur de la production télévisuelle sélectionné par un jury présidé par le documentariste Mosco Boucault qui présente ainsi sa sélection : «La cuvée 2019 nous a fait passer de la Terre de feu au Nord de la Russie, du Liban au Cambodge, du Kirghizistan à la Palestine, du Pas-de-Calais aux Pouilles, de la Corée du Nord à la Libye…. d’un adolescent « placé » à deux cinéastes francs-tireurs en constante éruption [dont Jean-Pierre Mocky], d’un chauffeur d’ambulance à une handicapée motrice, d’une enquêtrice paranormale à des photographes de l’extraordinaire normalité russe, d’adultes se débattant avec des blessures ouvertes dans leur enfance à des jeunes femmes évoquant allègrement le don d’une double sexualité à leur naissance ; de la guerre de 14 à la rémanence de la Shoah, de Mai 68 aux dernières élections en Asturies ; des micmacs de la BNP Paribas à ceux de la Banque Lehman Brothers, d’une crise quasi-romanesque d’un couple d’acrobates à la vie romanesque de Blaise Cendrars, du destin lumineux et tragique de Simone Veil retournant avec ses enfants et petits-enfants sur ses pas au camp d’Auschwitz-Birkenau à celui du désormais parisien Khonsaly retournant sous le regard de sa fille dans le village cambodgien pour affronter ses bourreaux chafouins vaquant à leur quotidien comme si de rien n’était…»

Du 20 au 26 novembre, première édition de Best of Doc, avec seize films sortis en salles dans l’année 2018, présentés là aussi par leurs auteurs, en particulier au cinéma Beau Regard à Saint Germain des Prés, notamment Alain Cavalier (Six Portraits XXL) ; Marie Losier (Cassandro the exotico), déjà à l’honneur du 5 au 23 novembre d’une rétrospective au Jeu de Paume ; Nicolas Philibert (De chaque instant) ; Guillaume Brac (L’île au trésor) ou Wang Bing (Madame Fang). Chaque salle partenaire s’est engagée à prendre au moins trois films choisis par un comité de six personnes dont Julie Bertuccelli, qui fut présidente de la SCAM jusqu’au printemps dernier et est à l’origine de l’Oeil d’or, le prix remis au meilleur documentaire présenté à Cannes, toutes sections confondues.

Voices from the Waves de Ryusuke Hamaguchi (© silent voice)

À découvrir encore en novembre : la suite du cycle «Plus vite, plus haut, plus fort : filmer le sport» au Centre Pompidou et de la rétrospective Ryusuke Hamaguchi à la Maison du Japon. Ce samedi 9 novembre notamment, pour le premier, Les Dieux du stade (Olympia) de Leni Riefenstahl dans sa version intégrale de 3h51. Un film réalisé au nom de la propagande nazie, où la réalisatrice exacerbe l’esthétisation des postures et des gestes sportifs et pour lesquels elle invente de nouvelles techniques de prises de vues. Malgré le contexte de sa réalisation, elle ne peut s’empêcher de saisir la «suprématie» de l’athlète noir américain Jesse Owens, qui infligea une claque monumentale – et cela se voit à l’écran – aux champions aryens et à leur Führer. Ce même jour, venez découvrir la «trilogie de Fukushima», consacrée aux victimes du tsunami du grand tremblement de terre de mars 2011, réalisée par l’auteur de Senses et Asako I & II. Séances à 12h30, 16h et 19h.

Stendali

Au Centre Pompidou toujours, à partir du 13 novembre, un cycle Femmes cinéastes, en présence de l’italienne Cecilia Mangini . Née en 1927, elle sera là le vendredi 15 avec trois œuvres dont le court-métrage Stendali, étonnante captation d’un art alors en voie de disparition : les chants funèbres entonnés en griko, un dialecte d’origine grecque de la région des Pouilles, par des femmes, des professionnelles du deuil pourrait-on résumer, autour d’un cercueil. Culturellement passionnant, formellement fascinant dans son étonnante chorégraphie.

En bref, signalons encore le Festival International du Film et du livre d’aventure de La Rochelle du 11 au 17 ; Le Festival les Écrans Documentaires du 13 au 17 à Arcueil, ainsi que la programmation régulière 100 % doc au Forum des Images à Paris et la quelque vingtaine de sorties en salles, sans oublier les documentaires toujours en salles en rattrapage. La 11ème édition de Un état du monde au Forum des Images proposera des fictions et des documentaires réunis dans l’idée de « prendre le pouls » de nos sociétés, à travers des angles cinématographiques.

Donc, voilà, un mois de novembre déjà bien entamé, mais avec une masse impressionnante de découvertes à faire encore, pour des voyages dans diverses cultures et autres causes potentiellement passionnantes. Il suffit de se laisser embarquer…



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