Watchmen: ce qu'il faut savoir sur la BD culte et la série événement de HBO


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Cette dimension littéraire, inédite, décomplexe définitivement les comic books américains cette année-là qui voit également débouler en librairie The Dark Knight Returns et Maus.

« Longtemps, j’ai considéré que ce qu’Alan Moore et moi avions créé se comportait comme une tache de Rorshach: un assemblage irrégulier et excentrique de mots et d’images que les lecteurs pouvaient intégrer et compléter dans leur tête », note Dave Gibbons dans la préface d’une édition annotée de Watchmen sortie en septembre chez Urban Comics.

« Cette BD saisit très bien l’esprit de notre temps »

Dès sa sortie, la mini-série rencontre un succès retentissant (2 millions d’exemplaires vendus) et devient la première BD à remporter le prix Hugo, réservé aux œuvres de science-fiction. En France, Watchmen bénéficie d’une traduction de Jean-Patrick Manchette, qui estime dans une interview accordée en 1988 que « cette [BD] saisit très bien l’esprit de notre temps, mieux que les discours des commentateurs et des spécialistes de tout poil ne peuvent le faire. »

Devenue culte, la mini-série a dévoré depuis, le reste de la production de Dave Gibbons: « C’est le comics que l’on met toujours en avant lors de mes apparitions publiques. Je suis très heureux d’être identifié à cette œuvre et c’est probablement, de toutes les œuvres sur lesquelles j’ai travaillé, celle qui perdurera », a déclaré le co-créateur de Kingsman en 2016.

Watchmen par Dave Gibbons et Alan Moore

Alan Moore, lui, se réjouit de la réutilisation du fameux smiley de Watchmen dans le mouvement de l’Acid House [genre de musique électronique dérivé de la house, NDLR]: « Cela me confirme l’extrême porosité entre la réalité et la fiction. Tout ce qui nous entoure, le langage que nous utilisons, les vêtements que nous portons, tout a commencé par la pure imagination », expliquait-il au Point en 2018.

Une réussite pour le scénariste qui clamait également en 2017: « Je ne supporte plus Batman et Superman. Les super-héros datent des années 50. Ils sont vieux. Notre époque mérite de nouveaux porte-paroles au lieu de ce recyclage perpétuel des mythes classiques. »

Des suites et un film, désavoués par Alan Moore

Alan Moore et Dave Gibbons devaient récupérer les droits de Watchmen plusieurs années après la publication originale. Leur contrat avec DC stipulait cependant que le studio pouvait conserver les droits tant que le livre n’était pas en rupture de stock. Best-seller, il n’a jamais quitté les librairies et les auteurs se sont ainsi retrouvés privés de leur création.

Alan Moore, fidèle à sa réputation, a coupé tout lien avec DC et a désavoué le film réalisé par Zack Snyder (2009), le prequel sous forme de mini-série (Before Watchmen en 2011) et la suite signée Geoff Johns et Gary Frank (Doomsday Clock, 2017-2019).

Before Watchmen

Lee Bermejo, qui a dessiné le prequel consacré à Rorschach, un des personnages les plus emblématiques de la série, a confié son embarras vis-à-vis de ce prequel: « Watchmen est un récit complexe, très sérieux, composé de plusieurs couches d’intrigues superposées. Nous, on voulait faire l’opposé: aller dans la direction des films grindhouse, un peu kitsch, qu’on allait voir dans les quartiers chauds ou à Time Square dans les années 1970″, a-t-il expliqué dans le beau livre Lee Bermejo inside: En terrain obscur (Urban Comics). Il poursuit, un peu dépité:

« On tenait à éviter la comparaison directe avec Watchmen et Alan Moore, alors on s’en est éloigné en faisant usage d’éléments absurdes, comme ce vilain ridicule avec un look disco et un tigre blanc. » Une mauvaise idée, selon lui: « Le seul problème, c’est que, dessiné par mes soins, ces éléments perdent leur dimension ironique. Du coup, personne n’a saisi le ton sarcastique que nous voulions adopter, et c’est ma faute. Mon style ne colle pas avec ce genre-là […] C’est le projet qui reflète le moins mes ambitions. »

Watchmen

Pas une suite, un remix

C’est avec ces écueils en tête que Damon Lindelof a imaginé son Watchmen, suite située trente ans après les faits racontés dans le comics. Comme suggéré à la fin de l’histoire d’Alan Moore et Dave Gibbons, Robert Redford est devenu président.

Le monde imaginé par Damon Lindelof est une version extrapolée et critique de notre société actuelle. Les smartphones et internet sont interdits. Les énergies fossiles n’existent plus. Les héros costumés ont disparu. Les policiers doivent porter des bandanas jaunes pour conserver leur anonymat et ne peuvent pas utiliser leur pistolet sans autorisation de leur supérieur. 

La série raccroche aussi les wagons avec les comics, reproduisant les effets de mise en scène de Dave Gibbons. Les cadres sont truffés de détails aux événements de la mini-série de 1986. Si la série de 2019 suit une héroïne costumée incarnée par Regina King, plusieurs personnages de Watchmen sont vraisemblablement de retour, comme Ozymandias et Dr Manhattan.

En plein mandat Trump, Damon Lindelof a voulu dénoncer le racisme systémique de la société américaine et la montée du suprémacisme blanc. L’intrigue débute ainsi en juin 1921 à Tulsa, dans l’Oklahoma, lors d’une des émeutes raciales les plus meurtrières de l’Histoire (entre 100 et 300 morts). Une scène brutale qui entre en écho avec notre présent et celui de Watchmen:

« Pour que ce récit soit Watchmen, nous devions commencer l’histoire avec un problème impossible à résoudre, un problème que la plupart des super-héros bienveillants n’arriveraient pas à résoudre », a expliqué Lindelof à Esquire. « Comme nous sommes maintenant en 2019 et non dans les années 1980, nous ne pouvons pas parler des Etats-Unis sans parler des tensions raciales. »