Ukraine – La scurit des journalistes est confie Anton Guerachtchenko, l’initiateur de Mirotvorets


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« Je vous prsente le nouveau chef de la scurit »

Pour rappel, le site Mirotvorets, a été créé en 2014 à l’initiative de Guerachtchenko pour y lister les « ennemis de l’Ukraine », et s’est très vite transformé en Gestapo 2.0. Beaucoup de journalistes couvrant le conflit du Donbass (dont moi-même) sont présents dans le « purgatoire » du site avec pour certains une grande quantité d’informations personnelles.

Des informations qui ont permis l’assassinat d’Oles Bouzina (journaliste et auteur) en bas de chez lui, ainsi que d’Oleg Kalachnikov et d’un prisonnier qui attendait d’être échangé à Marioupol. Sans parler des très nombreuses menaces reçues par des journalistes dont le nom s’est retrouvé listé sur Mirotvorets, et des agressions qui se multiplient.

En sachant que l’existence même du site Mirotvorets est à l’origine de plusieurs assassinats, agressions et menaces contre les journalistes qui osent dire la vérité, et que Guerachtchenko lui-même avait soutenu le fait que le site avait placé un contrat sur la tête de Graham Phillips, le nommer comme personne de contact pour la sécurité des journalistes a de quoi faire rire jaune.

Pour faire simple, nommer Anton Guerachtchenko à un tel poste revient peu ou prou à nommer le renard chef de la sécurité du poulailler !

Une méthode qui ne manque pas « d’humour » comme l’a souligné Dmitry Vassilets, journaliste ukrainien d’opposition, sur sa page Facebook.

«  J’apprécie l’humour d’Avakov concernant la nomination de l’odieux Anton Guerachtchenko comme principal défenseur des journalistes et des médias en Ukraine. Avec de tels défenseurs, il n’y a pas besoin de détracteurs, les « défenseurs » organisent tout eux-mêmes. Comme sous l’ère Porochenko, le client et bénéficiaire principal des attaques contre les journalistes et les médias restent les officiels hauts placés de l’État, et c’est pourquoi toutes les enquêtes et dossiers sur les attaques contre les journalistes sont toujours en cours. Il ne serait pas logique que les clients punissent les exécutants, et il semble y avoir beaucoup de travail…  », a-t-il écrit sur son mur.

Personnellement, plutôt que de parler d’humour je parlerai plutôt de cynisme. Et pour ce qui est de la médaille d’or j’hésite entre le fait de la décerner à Arsen Avakov pour cette décision dont le niveau de mépris atteint des sommets ou à Anton Guerachtchenko lui-même pour le discours qu’il a fait à l’occasion de sa nomination.

« Le ministre m’a chargé de faire ce travail, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir avec vous pour assurer votre sécurité, et donc la liberté de la démocratie et la liberté dans notre pays  », a-t-il déclaré.

Entendre un homme qui a créé un outil dont la Gestapo aurait rêvé, si Internet avait existé à l’époque, et qui est responsable d’assassinats, d’agressions et de menaces contre plusieurs journalistes dont le seul crime est d’avoir fait leur travail, parler de défendre leur sécurité, la liberté et la démocratie, c’est comme d’imaginer Hermann Göring parler de défendre la liberté d’expression et la liberté des médias dans l’Allemagne Nazie.

Même avec la meilleure imagination du monde et une bonne dose de naïveté et d’optimisme, ça ne passe pas, on n’arrive pas à y croire.

Et ce d’autant moins qu’un député du parti de Zelensky, Alexandre Tkatchenko, a annoncé faire partie d’un comité qui travaille à l’élaboration d’une loi pour lutter contre les « fausses nouvelles » (les fakes news), la désinformation et la « connivence avec l’État agresseur » (c’est-à-dire la Russie).

Nous voilà rassurés, les journalistes ukrainiens qui oseront dire que la guerre du Donbass est une guerre civile et pas une agression russe imaginaire ne se feront plus assassiner ou tabasser en bas de chez eux, ils iront (juste) en prison (comme Rouslan Kotsaba ou Kirill Vychinski).

Plus le temps passe et plus la « démocratie » ukrainienne post-Maïdan a des relents de plus en plus nauséabonds, qui rappellent clairement l’origine de l’idéologie des autorités du pays.

Quand on érige comme héros national un collaborateur des Nazis (Stepan Bandera) dont les troupes ont assassiné des Juifs, des Polonais et des russophones, il ne faut pas s’étonner de voir un jour nommé comme chargé de la sécurité des journalistes un homme dont les méthodes n’auraient pas été reniées par le régime Nazi lui-même et sa police politique.

Quand on sait comment les Nazis traitaient les journalistes dissidents, il y a de quoi s’inquiéter pour mes collègues ukrainiens qui auraient le malheur de sortir des clous.

Il serait aussi bon que l’OSCE se penche sérieusement sur la situation des journalistes et de la liberté de parole en Ukraine, et sur cette nomination scandaleuse, comme chargé de la sécurité des journalistes et des médias, d’un homme prêt à tout (y compris placer un contrat sur la tête d’un journaliste) pour faire taire les voix dissidentes.

Christelle Néant

Voir l’article sur Donbass Insider





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