Test Blu-ray : Trauma


Trauma

 
États-Unis, Italie : 1976
Titre original : Burnt offerings
Réalisation : Dan Curtis
Scénario : William F. Nolan, Dan Curtis
Acteurs : Oliver Reed, Karen Black, Burgess Meredith
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h55
Genre : Épouvante, Horreur
Date de sortie DVD/BR : 8 novembre 2019

 

La famille Rolf emménage pour les vacances dans une immense demeure victorienne, dont les propriétaires n’exigent aucun loyer. Ils leur imposent uniquement de s’occuper de leur vieille mère, une femme mystérieuse qui ne quitte jamais sa chambre située sous les combles. Très vite, des événements étranges surviennent dans la demeure…

 


 

Avant-propos : Il n’est pas dans mes habitudes de commencer une critique à la première personne, mais dans le cas de Trauma, il m’a semblé intéressant d’évoquer ma petite expérience de cinéphile liée à ce film. Régulièrement présenté comme un véritable classique du film fantastique, le film de Dan Curtis avait une excellente réputation, mais demeurait en revanche invisible pour beaucoup de cinéphiles. Néanmoins, une édition DVD Zone 2 probablement plus ou moins « pirate » existait chez Blue Print, et avec un ami, nous avions réussi à mettre la main dessus il y a une dizaine d’années maintenant. L’édition DVD que nous avions entre les mains semblait grave puer du cul : la jaquette annonçait un film réalisé par James Glickenhaus (?), le film ne comportait qu’une VF, dans une version probablement censurée d’une durée d’1h35 et l’image était recadrée, mais notre joie de découvrir enfin le film était presque extatique. La désillusion n’en fut que plus sévère : desservi par les conditions dans lesquelles nous l’avons découvert, le film de Dan Curtis nous avait prodigieusement déçu et ennuyé, et nous en avions – un peu trop hâtivement – conclu que le film faisait partie de ces boursouflures surestimées dont la réputation n’est finalement liée qu’au fait qu’ils restent invisibles depuis de longues années.

L’idée de revoir Trauma dans de meilleures conditions ne m’est jamais apparu comme une priorité : grand cinéphage depuis mon adolescence, je visionne déjà environ 400 films et séries TV par an ; comme le cinéma est un Art se renouvelant sans cesse et qu’il y a constamment de nouveaux films à voir, j’avoue ne pas avoir pour habitude de revoir des films que j’ai déjà vu. Cela dit, la ressortie en Blu-ray ou 4K de films de catalogue est parfois tout de même l’occasion de revoir certains films que j’ai déjà vus par le passé, et parfois de les redécouvrir totalement. Ce fut le cas avec Trauma, dont les qualités formelles et narratives me sont subitement apparues de façon cristalline grâce au nouveau transfert HD proposé ce mois-ci par Rimini Éditions, et reléguant l’édition pirate de Blue Print à sa vraie place : à la poubelle. Une preuve s’il en fallait encore une que le métier d’éditeur vidéo ne laisse pas de place aux bidouillages.

Ainsi, si vous avez vu Trauma par le biais de cette édition DVD au rabais, vous pouvez me croire sur parole : vous n’avez pas vu le film de Dan Curtis. Heureusement, Rimini est là pour remettre les pendules à l’heure !

 

 

Le film

[4,5/5]

Le nom de Dan Curtis est aujourd’hui indissociable de la série TV culte Dark shadows (1966-1971), dont, à vrai dire, le grand public connaît surtout l’adaptation cinématographique réalisée par Tim Burton en 2012. S’il s’était essayé au cinéma en 1970/71 pour livrer deux « suites » informelles à sa création télévisuelle, la carrière de Dan Curtis au cinéma se limite pour ainsi dire quasiment à un seul film : Trauma. Il s’agit d’une adaptation du roman de Robert Marasco « Notre vénérée chérie », sorti en 1973 ; ce livre s’avérerait d’ailleurs une influence assez nette pour le roman de Stephen King « Shining, l’enfant lumière ». Ne vous étonnez donc pas trop si certains éléments narratifs et formels de Trauma vous paraissent entretenir un lien de parenté avec le Shining de Stanley Kubrick : c’est tout à fait normal, il s’agit du petit jeu des influences qui se mordent la queue.

Dans Trauma, le couple composé par Oliver Reed et Karen Black s’installe donc dans une immense bâtisse au milieu de nulle-part en compagnie de leur fils (Lee Montgomery) et d’une vieille tante incarnée par Bette Davis. Il s’agit, comme dans le cas de l’Overlook Hotel, d’une occupation saisonnière, les occupants s’engageant à s’occuper de la maison mais également d’une vieille dame, Mme Allardyce, qui vit seule, cloîtrée dans sa chambre au dernier étage. C’est le personnage incarné par Karen Black qui s’occupera de lui porter ses repas, interdisant à quiconque de monter voir la vieille dame, qui par ailleurs ne se montre absolument jamais. Mais sa « présence » se fait de plus en plus ressentir au fil des jours, pesant sur le moral et les actes des habitants de la maison. Le personnage d’Oliver Reed tente inexplicablement de noyer son fils, et voit son sommeil perturbé par des visions récurrentes liées au décès de sa mère… Autant donc l’annoncer clairement d’entrée de jeu : Trauma est un film de maison hantée se basant essentiellement sur son ambiance délétère, pensante, et sur la montée crescendo d’une tension inexplicable, liée à un amoncellement de petits détails étranges. Point de fantômes apparaissant au coin d’une chambre ou de spectre déambulant dans un couloir ici, non : Dan Curtis y va par petites touches, prenant son temps afin de proposer des personnages crédibles, complexes, à la psychologie fouillée. Ainsi, l’influence de la maison sur ses différents occupants se fera de façon subtile, et différente en fonction des personnages à qui elle « s’attaque ». La démence d’Oliver Reed – qui se régale d’ailleurs manifestement à incarner ce personnage pétant un câble – ne sera pas sans évoquer celle de Jack Torrance / Nicholson dans Shining, mais le film ne prendra pas forcément la direction attendue par le spectateur, puisque le danger ne viendra pas forcément d’où on l’attend. Et pourquoi foutre dieu de nom d’un petit bonhomme ne voit-on jamais cette fameuse madame Allardyce ?

Habile, Dan Curtis s’amuse à brouiller les pistes, à jouer avec les attentes du public, déstabilise le public avec des ruptures de ton et un curieux rapport à la rationalité. Ainsi, le film aborde tantôt la peur selon le prisme des hallucinations et des cauchemars du personnage principal – avec ce personnage récurrent du chauffeur de corbillard au physique émacié, qui fait figure de véritable croque-mitaine – tantôt par le recours à une atmosphère trouble, bourrée de zones d’ombre, que Dan Curtis et son coscénariste se refusent à expliciter. Dans la dernière partie du récit cependant, les phénomènes surnaturels apparaîtront de façon nettement plus manifeste, préfigurant même lors d’une séquence mémorable les délires formels à venir de Sam Raimi dans Evil dead (ceux qui ont vu le film comprendront). Pour autant, Trauma n’en perd pas son équilibre, et demeure, plus de quarante ans après sa sortie, une impressionnante réussite.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

Rimini Éditions est lancé, et n’arrête plus de nous sortir de beaux Blu-ray à la chaine, avec ce mois-ci une série de petits trésors tels que ce Trauma, chef d’œuvre oublié qui débarque dans une édition d’autant plus indispensable que le seul DVD disponible jusqu’ici en France, probablement « pirate », était une véritable insulte à l’œuvre de Dan Curtis. Rimini au contraire nous livre un master en tous points remarquable : stable et propre, respectant parfaitement le grain d’origine et proposant des contrastes parfaitement gérés. Du beau travail, même si quelques points blancs subsistent occasionnellement. Côté son, l’éditeur nous propose une version originale en DTS-HD Master Audio 2.0 mono, sans souffle ni bruits parasites. Les dialogues sont parfaitement clairs, et les sous-titres ne souffrent d’aucun problème particulier : c’est tout simplement parfait. On évitera en revanche la version française, également proposée en DTS-HD Master Audio 2.0 mono : si elle a le mérite d’exister, elle s’avère en effet beaucoup plus faible d’un point de vue artistique, et peine à faciliter à l’immersion du spectateur dans le film. De plus, on ignore s’il s’agit d’un problème liée à la remasterisation d’une VF issue de bandes magnétiques n’étant pas de première jeunesse, mais la VF souffre aussi de parasites sonores, laissant par moments clairement entendre une autre bande-son se télescopant à celle du film de Dan Curtis. Ainsi, durant le climax du film, moment de tension intense par excellence, et alors que l’on suit le personnage d’Oliver Reed dans les couloirs de la maison, on entend distinctement en fond sonore une célèbre chanson issue de Blanche Neige et les sept nains : « Hey-Ho, Hey-Ho, on rentre du boulot… » Il n’est pas sûr que le fait d’entendre cette ritournelle connue contribue à faire grimper la tension nécessaire au choc que nous réservent les dernières séquences du film !

Côté suppléments, l’éditeur nous propose tout d’abord un très beau livret de 24 pages, nous donnant à voir quelques photos ainsi qu’un passionnant retour sur la genèse et le tournage du film, doublé d’une fine analyse, le tout étant signé par le très prolifique Marc Toullec. Sur le disque, on poursuivra avec une série d’entretiens : on commencera avec un entretien avec Anthony James (17 minutes), l’acteur au physique si particulier qui incarne le personnage du chauffeur de corbillard dans le film, qui évoquera dans les grandes lignes sa carrière d’acteur, ainsi que son expérience sur le film. Il terminera en s’attardant plus particulièrement sur son amitié avec Bette Davis, qui a largement contribué à lancer sa carrière de peintre non figuratif. On continuera ensuite avec un entretien avec Lee Montgomery, qui incarnait le jeune David dans le film, qui reviendra quant à lui à travers quelques anecdotes sur ses relations avec Oliver Reed sur le tournage, et surtout avec Karen Black, qu’il appelle ici sa « deuxième maman ». Voilà qui est mignon tout plein ! On terminera enfin avec un entretien avec William F. Nolan, coscénariste du film (13 minutes), qui évoquera ses collaborations avec Dan Curtis. Pour terminer, l’éditeur nous propose également de découvrir la bande-annonce du film. Le tout en HD et VOST. Que demande le peuple ?

 



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