Etienne Chatiliez: "Tanguy est un psychopathe", "une bactérie"


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Dans Tanguy, le retour, il ne laisse aucune place à l’incompréhension. Le film commence comme dans un rêve. Paul et Edith vivent pleinement leur retraite dans leur nouvel appartement depuis le départ de leur fils pour la Chine, où il vit avec sa femme et sa fille. Tennis, restaurants, séries… Ils n’ont jamais été aussi heureux: « C’est assez beau de voir deux personnes ensemble depuis cinquante ans qui vont toujours bien l’un avec l’autre », sourit malicieusement Chatiliez.

« Ils vont tresser la corde avec laquelle ils vont se pendre »

Soudain, la sonnette retentit: Tanguy est de retour, la recréation est terminée. Largué par son épouse, Tanguy débarque éploré avec ses bagages et sa fille. Edith et Paul lui proposent de s’installer quelque temps pour rebondir. La malédiction est lancée: « Ils ne se méfient pas », raconte Chatiliez. « Ils sont anesthésiés par la douleur du petit et vont tout faire pour lui redonner le moral sans se rendre compte qu’ils vont tresser la corde avec laquelle ils vont se pendre, les pauvres cocos. Leur problème, c’est que tout a changé, sauf leur fils. »

Présenté par Éric Berger, son interprète, comme une « bactérie », Tanguy s’inscrit dans la lignée de Damien, le petit garçon de cinq ans présenté comme l’Antéchrist dans La Malédiction: « Quand j’ai vu quelques images au montage, notamment la scène où les parents l’attendent devant l’ascenseur, je me suis dit qu’on avait fait un film d’horreur », dit l’acteur. « On enlève la musique et on y est: l’enfoiré est de retour! », s’amuse Chatiliez.

Tanguy évoque en lui le « psychopathe » incarné par Robert Mitchum dans La Nuit du chasseur: « En 2001, les gens ne connaissaient pas Eric, ils pensaient qu’il était comme ça, alors que ce n’est pas le cas. Le psychopathe, c’est quelqu’un qui manipule la personne en donnant des éléments de vrai pour nourrir son discours et l’enrober. C’est ça qui est terrible avec l’interprétation qu’en fait Éric: il sait exactement où appuyer pour arriver à ses fins. On ne peut rien contre un personnage comme ça. » Alternant naïveté et machiavélisme, le comédien a voulu troubler le public: « Il y a des moments où on commence une phrase sans aucun recul en étant d’une sincérité absolue, et puis, juste à la fin, on ajoute un peu de conscience à [ce côté machiavélique]. »

Un démon intérieur

Chatiliez, pourtant, « ne pense pas qu’il y ait de la préméditation de la part de Tanguy ». Ce serait plutôt un démon intérieur qui apparaîtrait de temps en temps en Tanguy pour tourmenter ses parents: « Il est vraiment cassé, il est vraiment reparti à la case départ sans réfléchir. Une fois revenu au domicile parental, planté par sa femme, il était avec ses parents et sa fille, c’était un bon hôpital. Les parents ont suffisamment arrosé la graine pour qu’elle repousse. C’est une erreur de leur part. Je ne pense pas qu’ils soient responsables de leur fils. Il a été livré comme ça et c’est leur croix. »

Edith et Paul souffrent ainsi bien plus que dans le premier film: « C’est ça la grosse différence », acquiesce Chatiliez. « Dans le précédent, Tanguy arrivait à créer en Chine ce qu’il n’arrivait pas à faire en France. Les parents étaient libérés de tout ça. Ça se terminait bien. Là, ça se termine mal. C’est un film très pessimiste. » La mise en scène a d’ailleurs changé: exit les longs plans au steadicam pour retrouver la spontanéité de Maris et femmes de Woody Allen. Dans Tanguy, le retour, Chatiliez privilégie les plans fixes et détourne l’imagerie de la publicité pour accentuer l’illusion de bonheur ressenti par Edith et Paul.

Cette dimension tragique du récit est intensifiée par l’intervention régulière d’amis d’Edith et Paul qui commentent, comme le chœur d’une tragédie grecque, l’action en cours. Ils remplacent le personnage de la grand-mère de Tanguy, incarné dans le premier volet par Hélène Duc: « Son personnage disait tout haut ce que ce que le spectateur pensait tout bas, parce que le spectateur n’est pas du tout idiot », souligne Chatiliez, qui adore inclure le public dans son petit théâtre des tréfonds de l’âme humaine.

« Une des scènes les plus horribles que j’ai jamais tournées »

La filmographie de Chatiliez, de Tatie Danielle à Tanguy, le retour en passant par Le Bonheur est dans le pré et La Confiance règne est truffée de moments d’inconfort pour le spectateur. Le réalisateur adore notamment les scènes de sexe volontairement gênantes pour troubler le spectateur:

« J’ai assez de mal à montrer l’amour en tant que tel et ce n’est pas ce qui me passionne. Au cinéma, je n’arrive plus à regarder les scènes de sexe, je baisse les yeux », répond le réalisateur. Il ajoute: « Effectivement, dans Tatie Danielle, le personnage de Catherine Jacob s’avère être au lit nettement plus gauloise que dans la vie et dit des horreurs. Dans Le Bonheur est dans le pré, il y a cette scène abominablement gênante à tourner [entre Eddy Mitchell et Sabine Azéma, NDLR], mais ô combien savoureuse. »

Dans Tanguy, le retour, « il n’y en a pas à proprement parler », précise Chatiliez, mais elles sont plus retorses: « Il y a une scène abominable. C’est une des scènes les plus horribles que j’ai jamais tournées. C’est les parents de Tanguy qui écoutent Tanguy en train de tirer. Ça, c’est épouvantable. Et ils commentent en plus! Ils trouvent que c’est une bonne chose qu’il remette le couvert avec sa femme. C’est abominable: théoriquement, de parent à enfant, le sexe n’existe pas. » Comme dans chacun de ses films, Chatiliez trouble les normes pour mieux en rire.