comment Renault justifie son refus de verser une retraite chapeau à son ancien patron


Carlos Ghosn, après avoir quitté le bureau de son avocat, le 3 avril.  (KAZUHIRO NOGI / AFP)

Décidément, rien ne va plus pour Carlos Ghosn, arrêté dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 avril à son domicile de Tokyo, au Japon, où il était assigné à résidence. En France, c’est Renault qui a surpris son monde, mercredi, en lui refusant sa retraite chapeau.

Pour le conseil d’administration du groupe automobile, les conditions ne sont pas réunies, pour une raison simple : Carlos Ghosn n’était plus présent dans la société au moment où il fait valoir ses droits à la retraite. Il a démissionné le 24 janvier de son poste de président de Renault. Or, cette présence est une condition indispensable pour toucher cette retraite chapeau, ce complément de revenus qui sert à maintenir le niveau de vie des hauts dirigeants.  

Du côté de Renault, cette clause arrange beaucoup de monde. Car celui qui auparavant était adulé comme un Dieu n’a plus beaucoup de soutien. Et personne dans le conseil d’administration de Renault n’avait très envie de le voir partir avec un tel pactole. L’État français, qui a deux voix au conseil d’administration du groupe automobile, s’est prononcé contre le versement de cette retraite chapeau. 

Carlos Ghosn, qui bénéficie toujours de la présomption d’innocence, reste poursuivi au Japon, et au Japon seulement, pour abus de confiance et parce qu’il aurait omis de déclarer une grande partie de ses revenus entre 2010 et 2018. S’y ajoutent les nouveaux chefs d’accusation de la nuit du 3 au 4 avril : de nouveaux soupçons de malversations financières avec des fonds de plusieurs millions d’euros qui auraient été détournés pour l’achat d’un yacht et l’injection d’argent dans la start-up de son fils. En France, une enquête est ouverte concernant les conditions de financement du mariage de Carlos Ghosn au château de Versailles. La justice suit son cours.

Dans le clan Ghosn, la défense est active. Dans un communiqué, l’ex-PDG de Renault a qualifie cette nouvelle arrestation de « révoltante et arbitraire ». Il est aussi déterminé à faire valoir ses droits à la retraite à temps et que ces 765 000 euros par an doivent donc lui revenir. Une bataille juridique va s’engager.

Il est rare qu’une entreprise refuse une retraite chapeau à un dirigeant. Dans les cas précédents, c’était sous la pression médiatique que les patrons avaient finalement renoncé d’eux-mêmes. Par exemple, Philippe Varin, l’ancien patron de PSA, avait renoncé à une partie de sa retraite chapeau face à l’avalanche de critiques alors qu’il partait et que PSA venait de faire un vaste plan social. 

Ces dispositifs passent de plus en plus mal dans l’opinion et cela fait un moment que le gouvernement pense à limiter ces retraites chapeaux. Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, avait d’ailleurs dit sur franceinfo, le 14 février dernier, qu’elle était favorable « à la fin des systèmes de retraite exceptionnels pour les dirigeants ».

À défaut de les supprimer complètement, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, va publier d’ici l’été une ordonnance plafonnant les retraites chapeaux des dirigeants des grandes entreprises. La question est de savoir à quel niveau se situera le plafond, sur quels revenus… Ce n’est pas encore acté.



FranceTVinfo

A lire aussi

Laisser un commentaire