comment Alaphilippe, sûr de sa force, a bâti son succès



Le cyclisme français se porte bien, merci pour lui. Cinq mois après le triomphe de Thibaut Pinot sur le Tour de Lombardie, Julian Alaphilippe a offert un nouveau « Monument » au camp bleu-blanc-rouge en s’imposant samedi sur les routes de Milan San-Remo. L’inclassable coureur de la Deceuninck-Quick Step a devancé, excusez du peu, Oliver Naesen, Michal Kwiatkowski, Peter Sagan, Matej Mohoric, Wout Van Aert ou encore Alejandro Valverde.

Présenté comme le grandissime favori, Alaphilippe a su assumer son statut en plaçant une attaque incisive dans le mythique Poggio, avant d’aborder la descente en patron et de porter l’estocade à 200m de la ligne. Sa gestion de course a tout simplement été parfaite. Preuve qu’il est assurément en train de passer un cap depuis le début de l’année.

Avant de lever les bras sur la Primavera, Alaphilippe avait donné le ton dès fin janvier en remportant deux étapes en Argentine sur la Vuelta San Juan, dont il a également pris la deuxième place du classement général final. En février, c’est sur le Tour de Colombie qu’il a signé une victoire d’étape. Il a élevé son niveau encore d’un cran pour s’emparer des réputées et redoutées Strade Bianche début mars en Toscane. Et a aussi gonflé son palmarès en l’emportant à deux reprises sur Tirreno-Adriatico.

L’année dernière, à la même époque, le Français avait signé plusieurs places d’honneur, mais n’avait goûté au succès qu’en Colombie. Mais, déjà, Alaphilippe avait laissé apparaître des changements dans sa façon de courir. Et cette impression ne cesse de se confirmer. Il n’est plus ce jeune puncheur qui avait parfois du mal à canaliser son tempérament de feu.

Il ne cède plus au goût du spectacle

Il y a deux ou trois ans, Alaphilippe n’aurait sans doute pas attendu le Poggio pour lancer les hostilités. Plus réfléchi, il sait désormais attendre son heure pour faire parler au mieux son explosivité et son intelligence. « En termes de maturité, de tactique de course, je retrouve le Julien des amateurs. Il avait une telle façon d’analyser les courses que lorsqu’il était dominateur, il savait les gérer parfaitement. Chez les pros, il était un peu chien fou, et il lui a fallu plusieurs années pour trouver des repères. Même s’il est malin, il faisait des erreurs », analysait ce samedi son cousin et entraîneur Franck Alaphilippe dans L’Equipe. L’expérience de la Deceuninck-Quick, l’une des meilleures équipes du monde où l’on retrouve des cadors du peloton comme Philippe Gilbert et Zdenek Stybar, lui est assurément bénéfique.

Le Alaphilippe qui pouvait gaspiller son énergie à répondre à chaque attaque ou qui cédait au goût du spectacle a laissé place à un Alaphilippe sûr de sa force et qui sait se montrer prudent quand il le faut. A 26 ans, il ne produit plus ses efforts trop tôt. Et sait maintenant courir au plus juste et peu le font aussi bien.

« Il n’est plus allé dans une échappée qui ne servait à rien. Il a appris de ses erreurs, a davantage d’expérience. Et puis ce qui change aussi, c’est qu’avec son nouveau statut, il est davantage protégé », avançait récemment Franck Alaphilippe dans les colonnes de Ouest-France. Avec un mental boosté l’année dernière par ses nombreux succès (Flèche wallonne, deux étapes du Tour de France ou encore la Clasica San Sebastian), Alaphilippe n’a plus besoin de se rassurer en attaquant à tout-va.

Un travail musculaire bénéfique

Au-delà de son attitude, le natif de Saint-Amand-Montrond (Cher) a modifié quelques aspects dans sa préparation. « Cet hiver, il a eu besoin de couper davantage. Six semaines complètes sans pratiquer de sport. C’est un peu plus que d’habitude, et ça lui a fait du bien. Il a fini la saison fatigué, surtout psychologiquement », expliquait Franck Alaphilippe à Ouest-France. Essoré après les Mondiaux, dont il avait pris en septembre la huitième place alors qu’il espérait bien l’emporter, Alaphilippe n’a repris le chemin de l’entraînement que mi-novembre. « Sans cette coupure, il serait reparti fragile dans sa tête », soulignait son entraîneur. Anecdotique ou non, il a aussi déménagé à Andorre où il partage les routes d’entraînement de son coéquipier et grimpeur Enric Mas, brillant deuxième de la dernière Vuelta.

Mais pour son entraîneur, c’est principalement sur le plan physique que le maillot à pois du Tour de France 2018 a considérablement progressé: « Physiquement, il avait un manque de puissance, et il a progressé dans ce domaine-là depuis un ou deux ans. Il a travaillé en salle de musculation, effectué des travaux de force spécifique sur le vélo, et ça se voit. Mais vous savez, au fond, il ne fait qu’utiliser au maximum des qualités qu’il avait déjà avant, quand il était plus jeune et encore amateur. »

Favori des prochaines classiques

Des qualités exploitées au mieux qui feront logiquement d’Alaphilippe l’immense favori des prochaines classiques ardennaises. Et qui peuvent lui permettre de voir encore plus grand. Il ne serait pas surprenant de voir rapidement le Français accrocher une course d’une semaine à son palmarès ou se frotter, peut-être dès l’année prochaine, aux classiques flandriennes.

Insatiable, Alaphilippe a sans cesse soif de nouveaux défis. « J’aime toutes les courses, Milan-San Remo, Liège, la Lombardie… Je rêve de les gagner, toutes, même le Tour des Flandres, oui, un jour pourquoi pas », assurait-il à L’Equipe après son sacre sur les Strade Bianche. Ses rivaux n’ont plus qu’à espérer qu’il ne s’aligne pas sur toutes les courses du calendrier.





RMCSport

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