A quand une éclaircie pour les épargnants ?



Les années 90 et 2000 ont été favorables aux épargnants qui ont profité de taux d’intérêt élevés, d’une valorisation des actifs financiers et immobiliers, ainsi que de la désinflation. La crise de 2008 et celle de 2011 en Europe ont provoqué une rupture. Les taux d’intérêt ont baissé en liaison avec les politiques monétaires des banques centrales et du fait d’un excès permanent d’épargne.

Cette situation permet de financer des dépenses publiques supplémentaires et de favoriser l’accès des ménages à l’endettement en vue d’acquérir notamment des biens immobiliers. Le service de la dette des États de la zone euro représentait en 2008 3,5 % du PIB. En 2018, ce taux n’est plus que de 1,8 %. Le coût des intérêts acquittés par les ménages a été divisé par deux sur cette même période. Pour les entreprises, le poids des intérêts à verser est passé de 2 à 0,5 % du PIB en dix ans. Il en a résulté une hausse de l’investissement à partir de 2013. Il n’en demeure pas moins que cette situation est anormale. Les taux d’intérêt de la zone euro sont nettement inférieurs aux taux de croissance. Ils devraient le rester au moins jusqu’en 2020. Ce niveau très faible des taux entraîne une moindre rémunération des épargnants. Ainsi, au sein de la zone euro, les intérêts reçus par les ménages sont passés de 3,5 % à 0,8 % du PIB de 2008 à 2018.

Les seniors sont les plus pénalisés par cette faible rémunération des produits de taux étant donné qu’ils sont les principaux détenteurs de produits financiers. Leur aversion aux risques combinée à celle des institutionnels, pour des raisons notamment réglementaires, contribue également à cette faible rémunération. La priorité donnée à la sécurité et à la liquidité a un coût qui sert pour le moment les intérêts des États. Les ménages européens ont été plus touchés par ce phénomène car leur patrimoine est plus investi en produits de taux que les Américains.

Ce cycle de faibles taux pourrait s’achever à moyen terme en cas de réduction de l’excès d’épargne. Un tel phénomène pourrait se produire avec la réduction des excédents de balance des paiements courants des pays exportateurs comme la Chine ou l’Allemagne. En effet, ces excédents sont aujourd’hui replacés en produits sûrs peu productifs. Ils alimentent la baisse des taux. Les faibles taux pourraient dissuader certains agents économiques d’épargner. Certes, pour le moment, ce n’est pas le cas. Un effet d’encaisse est plutôt constaté. Les acteurs économiques tentent d’atteindre leur objectif d’épargne et sont donc contraints de placer plus pour compenser le manque à gagner provoqué par la moindre rémunération. Le développement des classes moyennes au sein des pays émergents devrait amener une réduction du taux d’épargne.

Aujourd’hui, le taux des ménages chinois dépasse 40 %. Avec la montée de la société de consommation, le niveau d’épargne devrait naturellement diminuer. Les retraités dont le nombre s’accroît à l’échelle mondiale pourraient être amenés à puiser de plus en plus dans leur épargne pour maintenir leur niveau de vie. Aujourd’hui, ils sont épargnants nets jusque vers 75 ans en France et 65 ans aux États-Unis. Cet âge pourrait s’abaisser dans les prochaines années. La poursuite de l’augmentation des dépenses publiques portée notamment par le vieillissement pourrait accroître les besoins de financement des États et des systèmes de protection sociale.

L’inversion du cycle actuel suppose évidemment la fin des politiques monétaires accommodantes. Le Japon semble prouver que la sortie de ces politiques est très délicate. L’exemple nippon prouve également que les faibles taux n’ont pas dissuadé les Japonais de prêter leur argent aux pouvoirs publics. À ce titre, en 2018, malgré des taux de rendements réels négatifs pour de nombreux produits financiers, le taux d’épargne des ménages, au sein de la zone euro a progressé de 0,5 point, passant de 12 à 12,5 % du revenu disponible brut (source Eurostat).





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