ENQUETE FRANCEINFO. Comment François Ruffin cherche à se faire une place au soleil dans l’opposition



Samedi 5 mai 2018, 15h20. Jour de la « Fête à Macron ». « Viens avec nous, François ! » peut-on entendre dans le cortège, avant qu’une femme, juchée sur le char de Picardie debout !, fasse clamer à la foule : « François, avec nous ! ». Après quelques minutes de flottement, le député prend le micro. La scène est filmée par ses équipes. « Les héros aujourd’hui, c’est vous, les héros, c’est les cheminots, les héros, c’est les Ehpad, les héros, c’est les postiers, les héros, c’est pas moi ou quelqu’un d’autre ! », lance François Ruffin. Le député affiche sa satisfaction.

Ce jour-là, la manifestation réunit 39 800 manifestants, selon le service de comptage Occurence, 160 000 selon LFI. François Ruffin a surtout pris de cours La France insoumise en organisant cette « Fête à Macron ». « Jean-Luc Mélenchon préparait depuis plusieurs mois une grande manifestation anti-Macron pour le 13 mai sur le thème ‘Un an, ça suffit !’. Mais Ruffin, l’indiscipliné, instruit aussi par l’échec de la mobilisation voulue par Mélenchon à l’automne après les ordonnances Travail, a préféré suivre son agenda personnel », indique Le Parisien.

Y aurait-il de l’eau dans le gaz entre le député des Bouches-du-Rhône et le trublion de Fakir ? Tous ceux que nous avons interrogés soulignent, au contraire, leur bonne entente. « Ses rapports avec Jean-Luc Mélenchon sont bons, ils discutent entre eux, il n’y a pas de concurrence », assure un responsable du Parti de gauche. Pourtant, la position singulière de François Ruffin au sein de LFI interroge. « Il est à la fois dans le mouvement puisqu’il siège au sein du groupe parlementaire et à la fois à l’extérieur parce qu’il n’a pas été investi par LFI, ce qui lui permet de faire ce qu’il veut », analyse le chercheur Romain Mathieu.

« C’est un électron libre, il le revendique et il est accepté comme ça, c’est le deal. Il n’a pas envie de s’impliquer dans les luttes internes, ce qui l’incite à être assez autonome. Cela peut faire grincer des dents, certains estimant qu’il est peut-être un peu trop autonome », note le même responsable du PG. Effectivement, François Ruffin n’est pas indifférent à ce qualificatif d’« électron libre ». « ‘Electron libre’, je lis à mon sujet dans les portraits, et au milieu de cent sottises, cet épithète me paraît juste », écrit-il dans son livre.

« Il est trop insoumis pour être insoumis », sourit son ami, le député communiste Sébastien Jumel. François Ruffin se sent d’abord bien auprès de ses troupes, de ses réseaux. « Ce qui me fait soutenir François Ruffin, c’est le fait que j’adhère à ses idées et à sa manière de faire. Je ne pense pas qu’il puisse vivre au sein de LFI sans un certain espace de liberté et c’est l’intelligence de ce parti que de le lui laisser », raconte Anne, retraitée et bénévole à Fakir depuis trois ans. Justement, du côté de LFI, là encore, en « on », tout va bien. « Avec François, on reste dans le cadre de l’émulation et non de la concurrence. C’est une des personnalités fortes du mouvement », soutient le député Eric Cocquerel.

Richard Ramos, lui, n’est pas dupe : « Il agace LFI, il est en train de réduire Mélenchon à de la politique politicienne, il lui prend de l’espace sur le peuple de l’extrême gauche ». D’ailleurs, en « off », les langues se délient. « Le bouquin est bien mais après il n’y a pas de réponses politiques », remarque un responsable du mouvement, avant de se faire plus sarcastique : « Dans ses remerciements à la fin du livre, il rend hommage à tout le monde. Il y a une liste interminable et un mot sur ‘Mélenchon et ses collègues parlementaires’, point. On bosse, on fait des trucs ensemble, et pas un mot pour ses collègues ».



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