Spotify sort l’artillerie lourde contre Apple



Il est temps de jouer à armes égales : Spotify a lancé mercredi l’offensive contre Apple en déposant une plainte devant la Commission européenne. « Ces dernières années, Apple a introduit des règles dans l’App Store qui limitent intentionnellement le choix et étouffe l’innovation (…), agissant à la fois en juge et partie pour désavantager délibérément les autres développeurs d’applications », a justifié le co-fondateur de Spotify, Daniel Ek, dans un communiqué.

Pour l’occasion, le groupe suédois a ouvert un site internet, Timetoplayfair, où sont détaillés ses arguments et la chronologie des événements. Concrètement, Spotify reproche à Apple, propriétaire à la fois du système d’exploitation iOS et de l’App Store, d’imposer une commission de 30% aux services de musique en ligne qui vendent leur abonnement via sa boutique, enchérissant d’autant le coût final pour les utilisateurs.
    
Afin d’amortir le surcoût induit, « cette taxe nous obligerait à augmenter artificiellement le prix de notre abonnement Premium bien au-delà du prix de l’abonnement Apple Music. Pour garder des prix concurrentiels, nous ne pouvons pas nous le permettre », ajoute Daniel Ek. Ainsi, depuis 2016, Spotify refuse d’utiliser le système de paiement d’Apple. Mais ce n’est pas sans conséquences : il est impossible de s’abonner à Spotify directement via l’application, obligeant l’utilisateur à passer par un navigateur internet.

Bloqué sur Siri

Le groupe suédois accuse également Apple de prendre des mesures de rétorsion en cas de contournement de sa boutique, en empêchant les mises à jour d’applications, les promotions au sein de l’application, et en bloquant son utilisation sur son assistant vocal Siri, son enceinte connectée HomePod et, pendant un temps, sur son Apple Watch. De telles restrictions n’existent pas
sur les appareils équipés du système d’exploitation Android, affirme Spotify.
    
Le groupe suédois affirme avoir « vainement tenté de résoudre leurs contentieux directement avec Apple ». L’entreprise avait également adressé plusieurs réclamations à Bruxelles, au côté d’autres acteurs du secteur et notamment Deezer, qui affirme aujourd’hui soutenir la plainte de Spotify. 

La plainte tombe par ailleurs a point nommé puisque les institutions européennes viennent de s’accorder sur un règlement pour encadrer les pratiques des plateformes, et notamment les magasins d’applications. Ce texte validé politiquement il y a un mois, devrait bientôt être formellement adopté. Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire avait aussi annoncé en mars 2018 le dépôt d’une plainte contre Apple et Google devant la justice française pour « pratiques commerciales abusives », en raison, là encore, des commissions prélevées par les magasins d’applications.  

Spotify perd de l’argent

Introduit en bourse à New York en avril 2018, Spotify jouit d’une confortable avance sur ses concurrents, Apple Music, numéro deux avec moitié moins d’abonnés, ou encore Google Music, Tidal, Deezer ou Amazon. En incluant les personnes profitant de l’offre gratuite comprenant de la publicité, Spotify revendique plus de 200 millions d’utilisateurs actifs mensuels, dont 96 millions d’abonnés payants fin décembre.

Mais malgré le boom de l’écoute musicale en ligne, Spotify n’a jamais engrangé de bénéfice annuel. Le groupe, créé en 2005, a ainsi accusé en 2018 une perte nette de 78 millions d’euros en 2018, et une perte opérationnelle de 43 millions. Et il devrait rester dans le rouge en 2019, anticipant une perte opérationnelle comprise entre 200 et 360 millions d’euros.





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