Emprunt de la France à taux bas : une fausse bonne nouvelle



Désireux de mobiliser 7 Mds €, les responsables de l’Agence France Trésor (AFT), l’organisme qui gère la dette publique française, ont reçu pour 31 milliards d’offres. Au final, ils ont récupéré les 7 milliards prévus sur la base d’un taux d’intérêt de 1,6%.

Ce taux relativement faible s’inscrit dans un contexte où d’une façon générale, les investisseurs sont demandeurs d’obligations libellées en euros. Tous les pays de la zone en bénéficient et la Grèce, désormais en voie de redressement, a pu emprunter le 5 mars 2,5 Mds € à dix ans pour un taux de 3,9% alors qu’elle se fixait un objectif de 4,1%.

Comment interpréter des taux aussi bas ?

Cela signifie d’abord que les doutes sur l’avenir de la zone euro sont plutôt derrière nous. Cela signifie ensuite que, puisque la zone euro a vocation à perdurer, la politique de sa banque centrale qui a assuré sa sauvegarde à court terme par un quantitative easing décomplexé, est appelée à rester durablement accommodante. Cela signifie enfin, quand on regarde les taux d’intérêt américains, désormais plus élevés puisque les taux à 30 ans sur la dette des Etats-Unis tournent autour de 3%, que les opérateurs de marché anticipent une appréciation du taux de change de l’euro par rapport au dollar qui accroîtra le rendement réel de leur placement.

On doit néanmoins mettre un bémol à ces interprétations plutôt encourageantes de la situation de la zone euro et plus particulièrement de la France rappelée notamment par Thomas Piketty dans son bestseller sur la rémunération du capital. Il existe une règle bien connue des économistes qui veut que le taux d’intérêt à long terme doit être égal au taux de croissance à long terme, ce taux que l’on appelle le taux de croissance potentielle, cette croissance structurelle qui échappe aux aléas cycliques et aux chocs conjoncturels.

Si on utilise ce résultat pour analyser les 1,6% obtenus par l’AFT sur sa dernière émission à 30 ans et les 3% sur les emprunts américains équivalents, on peut considérer que les marchés anticipent implicitement une croissance potentielle française nettement inférieure à celle des Etats-Unis. Il y a là une lecture qui demanderait certes à être affinée. Mais il n’en reste pas moins que l’on ne peut ignorer le fait que les taux longs que connaît l’Europe ne sont pas que le fruit de la politique monétaire, ils sont aussi celui, amer, de l’affaiblissement de sa croissance.  





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